C’est long longtemps, un Ultra!
Bonjour à tous,
Il y a longtemps que je voulais vous entretenir de ce type de course qui gagne en popularité. Après avoir soumis mon idée d’article à Courir.org, celle-ci fut acceptée et c’est avec plaisir que je vais vous raconter mon expérience vécue en octobre dernier au Bromont Ultra sur la distance de 80 km. Oui, vous avez bien lu, 80 km en sentiers, sur un parcours ponctué de 4 montagnes (Brome, des Pins, Gale et Oak). Ça vous donne le vertige? Sachez qu’il y a en a qui le font deux fois pour un total de 160 km. Soyez sans craintes, nous ne sommes pas des extra-terrestres et ce type de course est accessible à toute personne bien entraînée, ayant un bagage et de l’expérience en longue distance, mais ayant surtout un désir de se surpasser avec un mental à toute épreuve.
Depuis plusieurs années, je m’entraîne dans les sentiers du mont St-Bruno et ce type de course en nature me procure une grande sensation de bien-être. Pas de monotonie, les sentiers changeant d’aspect selon l’heure de la journée, de la météo et de la saison. Régulièrement en courant, je fais la rencontre de cerfs de Virginie, renards, ratons et, sur les différents lacs de cette montagne, d’une faune ailée assez variée. Bref, c’est le dépaysement à tout coup. C’est également lors de ces sorties que je croise Patrice Godin, comédien bien connu et «trailer» de renommée. Ce dernier a écrit un essai intitulé Territoires inconnus, où il raconte ses expériences. La lecture de son récit m’a donné le goût de m’aventurer et d’essayer de courir ces distances qui vous plongent dans un univers fascinant. C’est pourquoi en octobre dernier, j’ai tenté ma première course en trail au Bromont Ultra sur la distance de 80 km avec seulement 14 % de sentiers plats et 3257 m de dénivelé positif. Ça grimpe et ça descend, et n’oubliez-pas, c’est deux marathons consécutifs!

Pour cette distance, l’organisation de l’Ultra accorde aux participants 14 heures pour la course, et le départ se fait de nuit à la frontale à 3h30 du matin. La température est un élément déterminant dans ce type de course et nous avons le droit de laisser au 35e km un sac d’appoint (drop bag) pour pouvoir changer de vêtements. Le parcours est ponctué de stations mineures (eau seulement) et majeures (nourriture, eau, jus, aide médicale, etc.). Nous avons également droit à un accompagnateur (pacer), c’est-à-dire un coureur qui va être en course avec nous pour les derniers 15 kilomètres. Peu avant le départ, la pluie est tombée toute la soirée, et ce, jusqu’à 1 heure du matin rendant les sentiers et collines glissants. La température avoisine les 8 degrés Celsius au cours de la nuit. C’est un spectacle extraordinaire de voir tous ces coureurs au fil de départ avec leurs frontales allumées. Le départ est donné et nous nous élançons pour cette longue randonnée qui va s’échelonner jusqu’à environ 17h30 pour les derniers, les premiers arrivant après environ 8 heures de courses.
Dès les premiers kilomètres, la montée se fait abrupte, même que l’on doit utiliser des câbles pour pouvoir se hisser en haut des collines, cela ne fait qu’ajouter à l’effort demandé. Au 5e km environ, dans une descente, j’aperçois des coureurs en avant de moi qui s’accroupissent pour arriver au bas de la colline, car c’est très boueux. Je décide pour ma part de me laisser glisser sur les fesses pour diminuer l’effort. Mauvaise décision, car une roche cachée par la boue me frappe la fesse droite et la douleur est très vive. Je continue malgré tout de courir, mais le mal est fait. Ma cadence, voire ma foulée, se trouve ralentie par la douleur. Ce sera comme ça jusqu’à la station d’arrêt au 49e km. N’étant plus capable de lever la jambe droite, je me renseigne sur le restant du parcours. Il reste une montagne à gravir et les 31 derniers kilomètres. Mon accompagnatrice m’attend, elle, au 60e km. La décision est difficile à prendre, car je dois penser à ce qui m’attend au cours des prochains jours. Vais-je être capable de recommencer à courir bientôt? Est-ce une douleur qui va handicaper le reste de ma saison? Je dois me résigner et accepter à contrecoeur l’arrêt complet de la course. Je me fais raccompagner par un bénévole jusqu’au camp de base et je rejoins les miens qui comprennent à la fois ma décision et ma déception malgré leurs encouragements et d’avoir tenu le coup jusque-là.
Après coup, j’ai pris la bonne décision. La première semaine fut pénible pour marcher et au cours de la 2e semaine, j’ai pu recommencer à courir. Avec le recul, je peux dire que ce fut une expérience incroyable. Les trails et ultras me conviennent vraiment. D’ailleurs, en mai prochain, je m’envole en Suisse pour courir le 20 km trail de Létry, près de Lausanne. Ensuite, en juillet ce sera le 38 km de l’Ultimate XC de St-Donat et à nouveau en octobre prochain le 80 km du Bromont Ultra.
Voilà, j’espère que mon récit vous a plu et qu’il vous a donné le goût d’aller vous entraîner en sentier, et peut-être vous voir essayer un ultra ou un trail tout simplement, qui sait?
Pierre Clermont


