Déranger le plaisir
Pour le début de cette chronique, je ne ferai pas preuve d’originalité, je vais plutôt être un peu redondante par rapport à mes précédents écrits. La course à pied est un sport solitaire où, de façon générale, nous sommes seuls avec nous-mêmes. Dans la majorité des cas, même lors de courses officielles, l’objectif est d’obtenir un résultat personnel, de franchir la ligne d’arrivée plus rapidement que notre dernière participation à cette course ou à notre meilleur temps sur cette distance. Bien souvent, même l’entraînement pour atteindre ces objectifs se fait en solitaire. Pour certains, c’est même le fait d’être seul durant l’exercice de cette activité qui les séduit. Pour d’autres, c’est de se retrouver en groupe pour courir qu’ils préfèrent, et cela même pour des compétitions où ils préfèrent demeurer groupés pour franchir la distance sans chercher à obtenir leur meilleure performance.
Où est-ce que je me situe? Réellement, un peu entre les deux! Je ne saurais me passer de mes sorties dominicales avec Les Poussins (chronique Plaisir partagé) avec qui je suis en mesure de faire de bonnes distances de course sans réellement m’en apercevoir. J’ai constaté au fil des années que j’aime bien courir avec les autres, mais il arrive que je tienne à courir seule, comme si j’avais un besoin de me retrouver. Cependant, il est certain qu’en raison de mon aspect compétitif (voir ma chronique «Quelques secondes du total plaisir»), j’ai tendance à être plutôt solitaire lors de compétitions, car j’aime bien la sensation de dépassement lorsque j’arrive à améliorer ma marque sur un 5 ou un 10 km.
La course à pied est devenue une partie essentielle de mon équilibre physique et mental, et c’est pour cette raison que les gens qui m’entourent doivent composer avec le fait que j’y fais régulièrement référence. Il arrive fréquemment lors de conversation que quelqu’un me dise: «Sais-tu, Martine, j’ai commencé à courir!» Je trouve toujours agréable que quelqu’un essaie l’activité qui me procure tant de plaisir, alors je m’empresse de répondre: «On fait une sortie de course quand tu veux». Je suis toujours abasourdie par la réponse qui vient ensuite: «Bien non, c’est impossible, tu cours bien trop vite pour moi» ou encore «Bien non, tu vas trouver ça plate de courir lentement avec moi».
Lorsque je souligne que si nous courons ensemble, le but est de passer un moment agréable à faire une activité passionnante. Je souligne que mon désir de courir avec eux ne se veut pas un moment pour leur démontrer ce que je peux accomplir, non plus un moment pour moi de m’improviser coach. Malgré cela, je sens toujours un peu de scepticisme de leur part. Fidèle à ma personnalité, ma réaction est toujours, dans un premier temps, de ne pas insister de peur de déranger. Je fais également une introspection afin d’identifier ce que je peux envoyer comme message pour que mon invitation soit ainsi rejetée. Je suis consciente que ma façon de parler de l’importance de mes résultats en compétitions peut effrayer. Cependant, dans ma tête (un peu tordue parfois), ça n’a rien à voir avec le plaisir que je pourrais avoir de courir avec eux.
Dans mes réflexions vient aussi le moment où je me dis que c’est peut-être parce qu’ils préfèrent l’aspect solitaire de la course à pied. Si tel est le cas, alors pourquoi tout simplement ne peuvent-ils pas me répondre: «Merci Martine, mais pour moi, la course à pied, c’est seul que ça se passe».
Considérant la place qu’occupe la course à pied dans ma vie, jamais je ne voudrais que ma volonté d’accompagner quelqu’un pour une sortie vienne d’une façon ou d’une autre déranger son plaisir.
Dernièrement, une amie proche a finalement cédé à mes demandes répétées de courir avec elle. Oui, avec elle, je me suis permis d’insister, car je la connais depuis plusieurs années et je savais que notre belle relation n’allait pas se trouver entachée par mon insistance. Au départ, je la soupçonne d’avoir accepté uniquement pour que j’arrête de lui demander. Je dois avouer que le matin de cette sortie de 5 kilomètres, j’ai même ressenti un peu de culpabilité d’avoir tant poussé pour courir avec elle. Avant de partir, je voulais qu’elle soit à l’aise, alors je lui ai rappelé que je voulais m’adapter à sa façon de courir, que je voulais que l’on apprécie ce moment ensemble. Pour ma part, cette course fut fort agréable et je crois bien qu’il en a été de même pour elle. «Sandra, on remet ça quand tu veux!»

J’ai décidé de faire cette chronique, car j’espère être en mesure de convaincre tous ceux à qui j’ai lancé une invitation, que peu importe la distance qu’ils sont en mesure de courir ou encore la vitesse à laquelle ils sont en mesure de le faire, je peux m’adapter. Le but étant de profiter de leur compagnie pour effectuer ma belle activité. Ils n’ont rien à craindre, la dernière chose que je souhaite, c’est de déranger leur plaisir!
Martine Lessard pour Courir.org
Courriel: martyrun@videotron.ca