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Petit plaisir de la course par Martine Lessard

Année marathon de plaisirs

Au moment où vous lirez cette chronique, il me sera possible d’affirmer: «On y est!!!» Dans environ une année, soit en janvier 2018, je compte bien participer à mon premier marathon. Je pense qu’une des raisons qui me pousse à vous en parler dès maintenant, c’est qu’ainsi il me sera plus difficile de me défiler. Même une année à l’avance et même si j’en connais la date depuis un certain temps, je ne peux affirmer que je suis totalement confiante face à ce défi.

Je me dois d’être honnête, lorsque j’ai commencé la course à pied, à faire des compétions de 5 ou 10 km, je ne pensais pas que quelques années plus tard, j’aurais l’intention de faire un 42,2 km. À bien y penser, je me souviens que dans l’état où j’étais à la ligne d’arrivée de mon premier 5 km en mai 2013, je n’y songeais pas du tout.

Quand l’idée de participer à un marathon a-t-elle pris suffisamment de place pour que je me décide? Oh… un certain temps! Au début, j’avais de la difficulté à même réaliser que je serais en mesure de courir un 10 km. Puis, en 2014, j’ai participé à ma première course sur cette distance. Bon, comme je le mentionnais dans de précédentes chroniques, mon côté compétitif s’est exprimé (bien avant que ma raison en saisisse toute la portée) et j’ai annoncé qu’un jour je ferais un marathon complet.

Je vous confirme que lorsque j’ai franchi la ligne d’arrivée de mon premier demi-marathon en septembre 2015, ma résolution a bien failli prendre le même chemin que celles prises le premier jour de chaque année. J’arrivais à peine à croire que je venais de compléter 21,1 km quand j’ai pris conscience qu’un marathon, c’était le DOUBLE. Pendant quelques heures, j’ai même affirmé que je n’en serais jamais capable, que je n’étais peut-être pas faite pour ça. Malheureusement pour moi, comme je m’étais commise auprès de ma «Maman poule» Danielle, elle a veillé et elle veille toujours à ce que j’aille au bout de ce beau, et un peu fou, projet.

Comme vous pouvez le constater, même pour moi qui suis maintenant en mesure de courir près de 20 km plusieurs semaines en ligne, je prends cette épreuve au sérieux. Je considère, à ce jour, qu’il est possible que cela soit la seule fois que je vais courir cette distance. Le choix de l’endroit devient alors important. Je veux que ce marathon soit une fête, qu’il soit spécial.

Le choix s’est un peu imposé de lui-même à l’été 2015 lorsque j’en ai discuté avec mes copines de course Les Poussins. Voici les endroits que j’ai éliminés:

Montréal: Je connais cette ville pour y être née, y avoir demeuré jusqu’à plus de 30 ans. Aucun ne doute qu’il s’agisse d’une belle organisation, mais avec tous les cônes oranges, ça ne répond pas à mon critère de festivité!
Boston: J’aurais bien aimé courir ce marathon mythique, mais comme il faut me qualifier avec un bon temps sur un autre marathon, impossible d’y faire mon premier.
New York: J’aime tant cette ville que ça aurait pu être intéressant d’y courir le marathon. Cependant, sa popularité fait en sorte que compte tenu de mon âge, je devrais faire un demi-marathon en moins d’une 1 h 40. Comme je venais de compléter ma première course sur cette distance en 2 h 5, je savais que c’était peine perdue.
Big Sur (en Californie): Ce marathon demande également une qualification et penser à un voyage sur la côte ouest demande beaucoup de jours de vacances et davantage d’organisation.
Une fois ces endroits écartés, mon choix a fait son chemin. Pierre Bourassa m’avait déjà parlé d’un endroit festif où il avait couru un marathon: Walt Disney World, en Floride. Comme j’ai visité ce site en 2009, emportée par sa magie, et que je songeais à y retourner, je me suis dit que cet endroit serait parfait pour réaliser ce défi. Peut-être vous demandez-vous pourquoi en 2018? La réponse est simple. J’aurai eu 45 ans en juin 2017 et le marathon au pays de Mickey célèbrera son 25e anniversaire. Ainsi ma première course de 42,2 km aura le caractère spécial que je souhaitais.

C’est donc une année de plaisir qui s’amorce. Plaisir de planifier, de s’entraîner, de participer à des compétitions dans le but ultime d’être «prête» pour CE moment. Bon écrit ainsi, ça semble un peu intense, mais ce que je veux dire, c’est que je veux que cette étape remplisse mon année 2017, mais de façon positive pour culminer en un moment festif (et difficile, j’en suis certaine). Tout comme cette course, je veux une saison de marathon de plaisirs!

Martine Lessard pour Courir.org
Courriel: martyrun@videotron.ca

Parscourir par Pierre Bourassa

De retour après la pause…

Je tiens à vous rassurer tout de suite: tant que Courir.org verra l’utilité de me garder comme collaborateur, et vous de garder plaisir à me lire, ma plume continuera à gratter le papier (façon de parler…). Je vous ai faussé compagnie le mois passé, pour la première fois depuis que le journal existe: je vous promets que ça ne se reproduira plus (espérez que ce ne soit pas une promesse électorale!). L’excuse? L’organisation des voyages de New York, Boston et Big Sur en même temps. Raison valable? Non, mais…

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Ça y est! Le vieux hibou que je suis s’est posé sur son perchoir, à 504 mètres d’altitude, avec vue au loin sur les pentes de ski du mont Ste-Anne. Si je dresse un bilan de l’année 2016, je peux dire qu’elle a été prospère. J’ai survolé plusieurs endroits, seul ou accompagné: la Floride en janvier avec ma soeur Nicole (marathon de Miami désastreux), Boston à la mi-avril (groupe de 118), le Brésil en avril-mai (marathon de Rio – groupe de 26), Rivière-du-Loup fin mai (10K du Tour de la Pointe), Utica dans l’État de New York début juillet (15K Boilermaker), mon trip de jeune de 36 jours pour une traversée des États-Unis jusqu’en Californie en solitaire dans ma Honda Fit (ce n’était pas une Camaro!) en juillet-août avec en prime le marathon de San Francisco, le demi-marathon de Montréal en septembre, les Finger Lakes dans l’État de New York début octobre pour le Wineglass Marathon à Corning avec mes amis de Lévis, et le marathon de New York le 6 novembre (groupe de 81), grâce surtout aux preneurs de dossards garantis vendus par l’agence Contact Amérique, détentrice exclusive pour le Québec.

Qu’est-ce qui me pend au bout du nez pour 2017? À la mi-janvier, je pars en Floride 4 jours: je vais courir le marathon d’Ocala en mémoire de mon grand ami Rosaire Gagné. Ça fera 5 ans qu’il est décédé le lendemain de son 155e marathon à cet endroit. Je lui dois bien cela, pour toute l’amitié qu’il m’a montrée durant ses dernières années. Puis, ce sera Boston en avril avec mon groupe: nous sommes présentement 95, mais il y a encore de la place… Suivra le voyage en Californie fin avril – début mai pour le marathon Big Sur. Nous sommes seulement 5, mais j’espère grossir mon groupe avec des coureurs qui seraient intéressés à courir d’autres distances que le marathon (complet), comme le 21 milles, le 10,6 milles, le 9 milles, le 5K ou le 3K; la période d’inscription est encore ouverte (www.bsim.org). Je songe sérieusement à reprendre la route en solitaire à la mi-mai, pour la traversée du Canada (les parcs nationaux sont gratuits pour le 150e de la Confédération). Je reviens à temps pour le 15K Boilermaker en juillet: avis à ceux qui veulent se joindre à moi. Et je vous annonce officiellement que fin août – début septembre, il y aura un déplacement organisé aux Îles-de-la-Madeleine, pour la 1re édition du marathon le 3 septembre (détails à venir). J’ai commencé à former mon groupe. Et bien sûr, comme à chaque année, New York en novembre clôturera 2017.

Dans tous les déplacements que j’organise, les accompagnateurs sont bien sûr les bienvenus; mes groupes n’ont jamais été réservés aux coureurs. Alors faites-moi le plaisir de votre compagnie!

Pierre Bourassa pour Courir.org
Courriel: hibourassa@gmail.com
418-234-2125

Ces mille pas par Laurianne Roberge

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On me l’avait dit [Récit du Marathon de Magog 2016]

Ce matin, je ne réalise pas que je cours un marathon. Pas encore. En janvier, je cherchais un évènement pour compléter ma saison 2016 et m’étais inscrite sur un coup de tête au Marathon de Magog, ne connaissant pas sa réputation.

Il est 6h20. Greg et moi embarquons dans l’auto. Une petite heure et quart de route dans une obscurité complète nous attend. J’ai beau me le répéter sans cesse depuis que l’alarme s’est fait entendre, je ne réalise toujours pas que je m’apprête à courir un marathon. Dans l’auto, je m’égosille pour calmer mes nerfs. Chanter du Adele à tue-tête, c’est thérapeutique.

On arrive au stationnement vers 7h30, juste à temps pour attraper l’autobus qui emmène les coureurs vers le point de départ. Récupération du dossard, salutations des quelques visages que je reconnais dans la tente des coureurs, pause pipi-pré-course, départ dans 10 minutes. Initialement, Greg était censé courir la dernière boucle de 21 km avec moi. Cependant, il a changé ses souliers récemment et n’a pas assez couru avec ceux-ci pour qu’il prenne le risque de se blesser en chemin. Changement de stratégie s’impose: il m’attendra 5 km avant l’arrivée, soit au 16e et au 37e km, et m’aidera à garder une belle vitesse. Car oui, le Marathon de Magog est une boucle de 21 kilomètres qu’on fait deux fois. Donc chaque côte, chaque segment que l’on déteste franchir, eh bien, on y passe à deux reprises. Pour le meilleur et pour le pire.

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Le parcours

8h40. Je rejoins les autres coureurs qui prennent le départ du marathon. Je suis dans ma bulle. Aujourd’hui, j’ai un objectif en tête: enfin compléter un marathon sous la barre des 4h. On m’avait toutefois mise en garde. Magog est très côteux lorsqu’on le compare aux autres courses sur route au Québec. Ça représenterait donc un très beau défi.

Avant même que je ne le réalise, le départ est donné. Vite! Partir la montre GPS à tout prix avant de franchir l’arche de départ. Fiou, tout est parfait. Je m’élance finalement. Même pas 200 mètres de parcourus et ça monte déjà. Et ça monte. Et ça monte. La pente se court très bien et j’essaie de trouver un rythme qui sera confortable, mais pas conservateur.

Tout se déroule à merveille. Au 6e kilo, on tourne sur le Chemin Bice, une pente assez prononcée. Je laisse la gravité agir et dévale la côte à tout rompre. Toutefois, ce n’est pas tout le monde qui emprunte ma stratégie. Plusieurs coureurs se retiennent beaucoup et font de petits pas. Certains marchent! Non, non, marcher dans les montées, ça va. Mais dans les descentes? Bref. Je continue ma route sur une belle lancée. Je commence à assimiler le fait que je suis en train de courir un marathon. Tranquillement, cette idée fait son chemin.

On arrive dans une belle section de sentiers en poussière de roches, tortueuse et côteuse à souhait. Certaines montées me rappellent même les sentiers du Xtrail! Déterminée, je cours toutes les côtes, même si j’ai peur d’en payer le prix plus tard dans la course. Pas grave, j’assumerai et je ralentirai.

J’arrive au 16e. Greg est là, tout sourire. Il me demande si tout va bien. Je lui réponds que j’ai mal à ma hanche droite. Pas assez pour arrêter, mais suffisamment pour que ça me dérange. Au 19e, il y a également la pancarte du 40e kilomètre. Je dis à Greg que j’ai hâte d’être rendue là. Le deuxième tour me pèse déjà, et je ne l’ai même pas entamé. On court dans un petit quartier résidentiel charmant, avec un faux plat descendant, jusqu’à ce qu’on tourne sur une rue qui marquera la séparation entre les coureurs du 42 et ceux du 21. Greg me laisse continuer.

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21e km. Crédit à Jocelyn Riendeau

J’entame ma deuxième boucle. Ouf. Ça ne me tente pas. Est-ce que je peux revenir sur mes pas et simplement faire le demi? J’ai mal à la hanche. Au 24e, je considère même m’arrêter à la prochaine station d’aide et demander d’être transportée au départ. J’en ai plein mon casque, comme dirait l’autre. Puis, la pensée d’un marathon sous les 4h revient me hanter. Et cette idée devient plus forte que tout le reste. Je continue donc. Chemin Bice, ça descend. J’ai deux options: préserver mes ongles d’orteil et atterrir talon, ou préserver mes hanches et mes genoux et atterrir avant-pied. Bon, RIP les ongles d’orteil. Merci pour tout! L’énergie revient et je garde une belle vitesse. Je cours les montées, ce qui me permet de gagner beaucoup de terrain. Je me permets le luxe de marcher en prenant ma nutrition. Ça m’évite de m’étouffer et ça m’accorde une petite pause de course que j’apprécie beaucoup.

À un certain moment, on entre dans une forêt de pins. C’est magnifique. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai envie de pleurer. Ça m’en coupe le souffle. J’ai juste hâte d’arriver au 37e pour voir Greg. C’est ce à quoi je m’accroche continuellement. D’autres côtes. Je me hisse plus haut dans le classement. Je dépasse des coureurs sans cesse. Faut croire que la course en sentier m’a rendue un sacré service. Merci mont Saint-Hilaire et mont Saint-Bruno!

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Face d’une fille qui se sent comme de la merde, mais qui essaie de le cacher!

37e, juste avant d’arriver à Greg, je décide de regarder le temps. Ça fait 3h23 que je cours. Il me reste 5 km à faire. Même si je vais à 6 minutes au kilomètre, je vais quand même faire un sub 4. Ça me donne un boost incroyable. Même si – on va se le dire dans les vrais termes, pas de cachotteries – je me sens comme de la merde. Greg n’en revient pas de me voir si tôt. Il me demande comment je vais. Je lui réponds que j’ai envie de vomir et de m’évanouir. En gros, tout va hyper bien. Il essaie de me motiver, on arrive bientôt dans le quartier résidentiel qui descend. Je lui demande de marcher un peu pour retrouver mes esprits. Je prends une gorgée d’eau, respire bien, et on repart. On arrive au 40e. Il me donne des petits objectifs. «On va y aller tranquillement, mais je veux que tu dépasses le monsieur en jaune.» Check. 41e. On tourne sur la dernière montée. Et j’éclate en sanglots. C’est la première fois que ça arrive. Je reprends rapidement mes esprits, et on continue de courir. Mais elle est longue, cette fichue côte. En fin de parcours en plus!

On finit par finir, et on tourne sur l’ultime section du Marathon de Magog: une belle rue qui descend. Greg me dit: «OK, la fille au chandail turquoise, go get her». J’accélère. Je la dépasse. Plus qu’un petit virage et on voit l’arrivée. Il me dit: «Sprint!» Say no more.

Je fais aller mes jambes à tout rompre et je franchis la ligne d’arrivée. J’éclate en sanglots dans les bras de Greg. Je n’arrive pas à croire que j’ai réussi ce défi qui semblait infranchissable. Je me ressaisis, les bénévoles semblent touchés par l’émotion qui m’habite. Je regarde ma médaille, fière.

3h54.

On m’avait dit que ça serait difficile.

On m’avait dit que ça serait souffrant.

Mais on m’avait aussi dit que ça serait possible. Et c’est à cette parcelle de possibilité que je me suis raccrochée et en laquelle j’ai cru corps et âme pendant les 42 magnifiques kilomètres que j’ai parcourus au Marathon de Magog.

P.-S.: N’oubliez pas d’aller jeter un coup d’oeil à ma page Facebook si vous ne la suivez pas déjà. Je ne donne pas de conseils ou de trucs bien techniques, mais de la motivation et des belles photos, ça, j’en ai pour tout le monde!

Laurianne Roberge pour Courir.org

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Collaboration spéciale de Laurianne Roberge

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La promesse [Récit du Marathon de Montréal 2016]

Réveil à 5h. Comme l’an dernier.

Bagel et jus d’orange. Comme l’an dernier.

Cette année cependant, j’ai prévu le coup: pas question de geler sur le pont Jacques-Cartier. J’ai demandé à mon père de dénicher ses plus affreuses chemises afin que je puisse les porter fièrement – et sans orgueil – en attendant que le départ soit donné.

Bien que le soleil se montre le bout du nez, ses rayons ne suffisent pas à réchauffer la masse de 20 000 coureurs qui grelottent sur le tablier du pont. On se console tous en pensant qu’en commençant à courir, on pourra enfin mettre notre chair de poule au placard!

En attendant le départ, je me repasse en boucle ma stratégie de course. Mon plan pour le marathon est simple: commencer lentement et garder mon énergie pour la deuxième moitié du parcours, celle qui m’avait démolie l’an dernier. Mon copain court son premier marathon et je veux lui épargner les erreurs que j’avais commises lors de ma première tentative. On commencera donc tranquillement pour ensuite augmenter notre vitesse après avoir passé le 21e kilomètre.

Je suis dans le 7e corral – qui est d’ailleurs beaucoup plus gros que l’an passé – et j’approche la ligne de départ vers 8h50. La fébrilité monte. Tout le monde a hâte de commencer à courir, d’enfin concrétiser la raison pour laquelle on s’est entraîné tout l’été. On laisse tout derrière, tous les mauvais entraînements, tous les doutes, toutes les appréhensions, et on se concentre sur le fatidique décompte qui nous lancera tous dans le gouffre.

«10… 9… 8… 7… 6… 5… 4… 3… 2… 1… PARTEZ!»

Lentement mais sûrement, je franchis la ligne de départ. C’est parti! La vitesse en descendant sur l’île Sainte-Hélène est parfaite. Un petit trot autour de 6:00/km nous permet de se réchauffer convenablement. Tout se passe à merveille. Greg et moi maintenons une vitesse qui tourne autour de 5:45/km… Sauf à quelques moments où, encouragés par la foule, on accélère sans s’en rendre compte. Mais dans l’ensemble, on reste sage.

Rapidement, on entame le tour du circuit Gilles-Villeneuve. Je ne fais pas la même erreur que l’an passé et j’évite d’attraper un verre de boisson sportive en mouvement, question de préserver ma camisole jaune. Autour du 10e kilomètre, les deux coureurs qui me précèdent se retournent pour applaudir le band qui joue du AC/DC à fond la caisse. Puis, je vois que leur regard bifurque vers moi et qu’ils commencent à me parler! J’enlève mes écouteurs. Un des deux coureurs me dit:

« Heille! Ces Mille Pas! J’ai écouté ton film en boucle là… La brise… heu… non… Les Brises! C’est mon premier marathon et je n’voulais pas faire les mêmes erreurs que toi. Je vais penser à toi au 28e kilomètre!»

Je lui souhaite bonne chance, flattée de savoir que mon film a pu avoir de l’influence sur des gens et que mes erreurs ont pu aider d’autres coureurs à se préparer.

Greg et moi poursuivons notre route et sans même s’en rendre compte, on arrive déjà à la fameuse côte Berri. L’entraînement en sentier a été payant, car la partie la plus redoutée par les coureurs du Marathon de Montréal se franchit comme de la p’tite bière.

Après la côte Berri, la foule est dense et encourage de partout. On se sent comme des athlètes de haute renommée! J’essaie d’emmagasiner toute cette belle énergie et de la conserver en moi pour la fin de la course, lorsque mon corps voudra tout foutre ça là. Je dis à Greg qu’on va devoir se tasser vers la gauche: on approche de la fameuse séparation entre les demi-marathoniens et les crinqués marathoniens. J’y ai pensé toute l’année. Je m’y suis préparée. Et cette année, je peux affirmer que j’étais contente de l’emprunter, cette séparation, d’embrasser le défi et la folie du marathon. Avant de se séparer des coureurs du demi, je vois un passant qui tient une affiche dont le message me fait bien rire: «I wouldn’t trust a fart at this point!» Ha! Ha! Ha!

Et hop! La moitié du parcours est maintenant derrière nous. La facilité aussi. J’augmente la vitesse. On court maintenant entre 5:30 et 5:35 au kilomètre. On enchaîne les kilomètres aisément. J’en suis moi-même étonnée. Cette année, je me sens en contrôle de la course. Tout ce qui m’avait démolie l’an passé me motive cette année. En courant sur Christophe-Colomb, près du 27e, on dépasse une coureuse par la droite. Je suis tellement concentrée que je ne la remarque pas, mais Greg me tape sur l’épaule pour attirer mon attention. Je reconnais Sophie, une coureuse qui me suit sur Instagram et qui court son premier marathon. On jase un peu, elle me dit que tout se passe bien. Je la félicite et lui dis de ne pas lâcher.

Au 32e, Greg me demande à quelle vitesse on va. Je lui réponds qu’on est plus ou moins à 5:35/km. On avait convenu au début de la course que s’il n’arrivait plus à suivre, je ne l’attendrais pas. Il me dit de continuer sans lui. Il a mal partout.

Avec un pincement au cœur, je poursuis ma route. Seule. J’augmente ma vitesse pour suivre un coureur qui me sert de lapin depuis le 20e kilomètre. On tourne sur St-Joseph.

L’ultime section du Marathon de Montréal.

Au 33e kilomètre, je me sens faiblir. Je pense que je fais une baisse de sucre. Je me sens hyper légère, ce n’est pas normal. J’attrape mon Brix et prends une grosse gorgée de sirop d’érable. Ok. Bon. Fiou. Ça se place.

34e kilomètre. De l’autre côté de St-Joseph, j’aperçois Jean (vous commencez à le connaître, n’est-ce pas!), mon ancien professeur de philosophie au Cégep et marathonien chevronné. L’an passé, on s’était croisé au même endroit. Cependant, l’an passé, j’étais au fond du gouffre à cet endroit précis. Cette année, tout roule. Tout va même très bien.

Soudainement, autour du 36e kilomètre, une intense douleur au genou apparaît. Non mais, tu me niaises j’espère! J’ai presque fini! Argh! Je dois m’arrêter un peu, marcher lentement (pour la première fois depuis le départ), m’accroupir. Et repartir. Pas question de gâcher la fin de la course.

Au 37e kilomètre, je regarde ma montre. Ça fait exactement 3h35 que je cours. Il me reste 5 km. Dans ma tête, je souhaite finir sous les 4h. Je décide de pousser. C’est théoriquement possible. Mais mon genou devient un obstacle considérable.

Quelques centaines de mètres plus loin, les deux coureurs avec qui j’avais jasé sur le circuit courent en sens inverse sur St-Joseph, là où j’étais une vingtaine de minutes plus tôt. Je leur scande des encouragements afin qu’ils terminent leur course en force.

Au 41e kilomètre, j’aperçois Frédérick, mon gérant à La Maison de la Course. Il m’encourage et me donne un sacré boost. J’entame la dernière partie de la course. La rue est bondée de spectateurs. Je pousse. J’accélère. Deux amies du Cégep qui ont fait le demi m’aperçoivent et m’encouragent, crient comme des débiles et me donnent un high five de la mort. WOW! Je me sens revivre.

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La pancarte du 42e kilomètre se dresse devant moi. Plus que 200 petits mètres à franchir. Dans mes oreilles, la chanson finale de mon film Les Brises, Outro de M83, joue à tue-tête, faisant surgir une gamme d’émotions que je peine à garder pour moi.

Je pousse la machine. 4:20/km.

J’aperçois au loin ma famille qui est venue assister à ma deuxième tentative sur la distance de 42,2km. Je pousse encore.laurianne-roberge-3

Envahie d’une fierté indescriptible et d’une joie intense, je traverse la ligne d’arrivée.

J’arrête mon chrono.

4h02.

37 minutes de moins que l’an dernier.

Et je pense à respirer. Je prends plusieurs inspirations. Je crois que l’émotion m’a littéralement coupé le souffle.

Je me dirige vers une vieille dame qui tenait absolument à me remettre ma médaille. La fameuse médaille.

Ça y est. Ce sentiment, je l’ai cherché toute l’année. L’accomplissement, la plénitude et la fierté en sachant que j’ai finalement pu prendre ma revanche sur le Marathon de Montréal. Tous les efforts, les difficultés, les kilomètres, les sacrifices, les entraînements matinaux, les mantras, bref, toute la préparation en vue de ce retour dans les rues montréalaises en a valu la peine.

Même si je n’ai pas réussi à finir sous les 4h, le fait d’être restée forte mentalement et physiquement pendant toute la durée de la course est certainement une très grosse victoire. L’an dernier, j’ai terminé la course complètement vidée, en ayant le sentiment d’être allée au bout de moi-même. Je m’étais tout de même promis de revenir préparée, avec un mental d’acier et un aplomb sans égal, afin de me mesurer à nouveau au Marathon de Montréal.

Comme vous voyez, je tiens mes promesses.

P.-S. Bravo à tous les coureurs qui se sont dépassés en cette belle journée, vous êtes tous incroyables!

P.P.-S. N’oubliez pas d’aller jeter un coup d’oeil à ma page Facebook si vous ne la suivez pas déjà. Je ne donne pas de conseils ou de trucs bien techniques, mais de la motivation et des belles photos, ça, j’en ai pour tout le monde! Par ici: Ces Mille Pas

Jean-Claude rencontre…

Les membres du club Cent’Or

C’est le regretté Rosaire Gagné qui a initié le club Cent’Or afin de rendre hommage aux personnes qui, comme lui, sont parvenues à force de persévérance et de conviction à réaliser 100 marathons ou plus au fil des ans.

La liste incluse se veut un recueil historique du nombre de marathons réalisés par chacun des membres de ce groupe sélect. Il s’agit de Québécois, mais aussi de collègues des Maritimes que vous pouvez côtoyer au Québec ou chez eux, plus à l’Est.

M. Wally Herman d’Ottawa est membre honoraire du club. Cet homme merveilleux de 90 ans est le canadien avec le plus de marathons, soit 578.

À nouveau cette année, nous accueillons deux nouveaux membres dans le club Cent’Or, soit Benoît Rancourt de Ste-Germaine-Boulé, en Abitibi, et Rénald Drolet, médecin de St-André-du-Lac-St-Jean.

Marathoniens Cent’Or en date du 31 juillet 2016

NOM

NOMBRE

       ÂGE

       RÉSIDENCE

WALLY HERMAN

 578

   90

       OTTAWA (Ontario)

PIERRE BOURASSA

 173

    72

      ST-PAUL-DE-MONTMINY

CHARLES LACROIX

 107

    66

       THETFORD

ALAIN CARON

 216

    60

       CHARLO (N.-B.)

Feu ROSAIRE GAGNÉ

 155

       MONTRÉAL: Décédé le 23 janvier 2012 à 71 ans

LUC GAGNON

 138

    67

       SAGUENAY

ROGER GOULET

 290

    74

       ST-JEAN-CHRYSOSTOME

ROBERT GRÉGOIRE

 117

    62

        CHÂTEAUGUAY

GILLES LAMONTAGNE

 221

    74

       QUÉBEC

CLAUDE LÉTOURNEAU

 156

    69

       ST-VALLIER, BELLECHASSE

ROGER D. LÉVESQUE

 131

    68

       BALMORAL (N.-B.)

ALBERT MICLETTE

 107

    79

      ST-JEAN-SUR-RICHELIEU (dernier marathon à 75 ans en mai 2013)

RICHARD JR RICHARD

 113

   65

       NEW MINAS (N.-É.)

BILL ROBLEE

 104

    66

       LUNENBURG (N.-É.)

BRUNO ST-PIERRE

 119

     47

       BROSSARD

MICHEL VOYER

 141

    68

       VILLE SAGUENAY

*BENOÎT RANCOURT

 110

    66

       STE-GERMAINE-BOULÉ

*RÉNALD DROLET

 103

    71

       ST-ANDRÉ-DU-LAC-ST-JEAN

* = nouveau membre Cent’Or

La présentation des coureurs est faite par ordre alphabétique. C’est une décision prise à leur demande afin de conserver l’esprit de ce club qui est symbolique. Celui-ci vise à identifier nos coureurs de 100 marathons ou plus, et non pas à les mettre en opposition par un classement les uns par rapport aux autres.

Veuillez nous transmettre toute nouvelle performance de 100 marathons officiels ou plus à jcdrap.feepeq@yahoo.ca.

Par marathons officiels, nous entendons des marathons sanctionnés formellement.

Jean-Claude Drapeau pour Courir.org
Éducateur physique à la retraite
Courriel: jcdrap.feepeq@yahoo.ca

Parscourir par Pierre Bourassa

Trip de jeune

Ce projet était dans ma tête depuis nombre d’années et il me hantait. «Il faudrait bien que je me décide avant de ne plus être capable de le faire», me disais-je. Le déclencheur, ce fut l’annonce du marathon de San Francisco prévu le 31 juillet. Mais il y avait aussi le voyage de groupe que je planifiais en Californie pour avril-mai 2017 à l’occasion du marathon Big Sur et des autres distances… et l’attrait toujours vivant en moi pour les parcs nationaux de Sequoia et de Yosemite.

C’est ainsi que le samedi matin 9 juillet je quittai le Québec pour les États-Unis et que j’entrepris un voyage en solo de 15 120 kilomètres en 37 jours. Mon petit véhicule, une Honda Fit, avait été aménagé pour coucher dedans: j’avais pu y installer un petit matelas de 6 pieds et un système de rideaux coulissants sur bandes élastiques assurait mon intimité. Sur les 36 nuits, j’en ai passé 19 dans l’auto, 10 sous la tente et 7 seulement dans des chambres d’hôtel.

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Premier arrêt: UTICA, dans l’État de New York. C’est que le lendemain, le 10 juillet, je courais le 15 km Boilermaker. La course terminée, j’entreprenais la journée même la traversée des États du centre d’est en ouest: Pennsylvanie, Ohio (Cleveland), Indiana (Indianapolis), Illinois, Missouri (St-Louis), Kansas (Kansas City), Colorado (Denver), Utah, New Mexico, Arizona et Californie. Les nuits dans l’auto, je les passais dans l’arrière de stationnement des Wal-Mart ou des Cracker Barrel.

C’est en entrant dans les parcs que je commençai à monter ma tente: le Golden Gate Canyon State Park (au Colorado), le parc national de Mesa Verde (au Colorado), le parc national de Yosemite (en Californie) et le parc national de Yellowstone (au Wyoming). On m’avait dit que je n’avais aucune chance de trouver un site de camping vacant en période estivale, vu que les réservations étaient faites des mois d’avance. Il faut croire que je suis né sous une bonne étoile, parce qu’à chaque fois que je me présentais à l’entrée d’un parc, j’en trouvais! Il faut dire que ça tombait toujours soit le dimanche en fin de journée, soit tôt le lundi matin : les «weekenders» avaient levé le camp et retournaient chez eux.

Le Mesa Verde est celui qui a le plus suscité ma curiosité, tant par son site exceptionnel que par son histoire. Vers 500 de notre ère, une peuplade de nomades arrive devant cet immense plateau et ces canyons verdoyants et décide de s’y installer en constatant le potentiel de la faune abondante pour la chasse et la richesse de la végétation. Elle utilise alors les nombreuses alcôves dans les parois rocheuses des canyons pour construire leurs habitations troglodytiques, et elle y développe une vie sociale et culturelle remarquable jusqu’au moment où, vers 1300, à cause d’une sécheresse sévère, elle doit quitter ces lieux et émigrer vers des terres plus hospitalières. Les trois jours que j’y ai passés n’étaient pas de trop!

Mais là où mon voyage en solitaire a pris tout son sens, c’est dans le parc national de Sequoia. De me retrouver de nouveau (pour une 4e fois) dans ces forêts d’arbres géants, c’était comme si je me faufilais silencieusement entre les colonnes arborescentes de la Sagrada Familia à Barcelone. Vous savez, cette cathédrale révolutionnaire inventée par un ingénieux architecte du nom de Gaudi. Nous avons peine à vivre centenaires, et eux, ces arbres de 100 mètres de haut, vivent en moyenne 2500 ans (le plus vieux a survécu 4700 ans!), grâce à un système de protection remarquable: une écorce de fibre épaisse contre les feux, et une substance résineuse sous l’écorce contre les insectes. Ce fut 3 jours de randonnées merveilleuses!pierre-auto-voyage-2

Le parc national de Yosemite n’est pas en reste. C’est là où pendant 5 jours j’ai fait le plus de randonnées, et les plus longues. J’y ai arpenté la vallée, j’ai approché de fantastiques chutes (Bridalveil, Vernal, Nevada), des rochers célèbres (El Capitan, Half Dome, Sentinel, Cathedral Spires…), des lacs magnifiques à des hauteurs de 7000 à 10 000 pieds. J’ai rencontré des ours bruns et noirs, mais pas de grizzlys heureusement. On nous disait que se promener seul dans les «trails» était risqué, mais avec un gros grelot attaché à mon sac à dos, rien à craindre! Au parc national de Yellowstone, le plus vieux des États-Unis, je me suis tapé pendant 3 jours de belles randonnées minutées pour aller voir les geysers au moment précis de leurs activités.

Que dire du marathon de San Francisco? Nous étions un peu plus de 6000 marathoniens. Il y avait plus de participants au demi, comme partout ailleurs. On nous a fait partir à 5h30 de la place Embarcadero sur le port, traverser le Golden Gate aller-retour (super!) et sillonner la ville pour nous faire revenir au port. Des côtes? Bien sûr, il y en a, et pas des petites! Heureusement, il n’y avait pas de soleil, il faisait plutôt frais, et c’est resté nuageux jusqu’à la fin.

Après le marathon, mon voyage a continué sur la côte du Pacifique jusqu’à Santa Barbara. J’ai pris le temps d’arrêter à Carmel et Big Sur (arrivée et départ du marathon Big Sur), et à Solvang, un petit village typiquement scandinave. Puis j’ai remonté vers Napa Valley, au nord de San Francisco, pour une dégustation au Bourassa Vineyards (non, ça ne m’appartient pas!). J’ai effectué mon retour en traversant les États suivants: Nevada, Utah (Salt Lake City), Idaho, Wyoming, Montana, Dakota du Nord, Minnesota, Wisconsin et Michigan. J’ai passé les lignes à Sault-Ste-Marie.

Ce fut tout aussi bien un voyage intérieur, mon Compostelle à moi, mais sur roues. Je suis revenu amaigri, mais pas affaibli pour autant, les batteries rechargées, la satisfaction d’avoir réalisé un vieux rêve et la tête pleine d’autres beaux projets de voyages à partager.

HAVELOCK – Le «fun run» de 19 km et le pique-nique au Vignoble du Marathonien ont bel et bien eu lieu, et c’est une invitation que je vous fais dès à présent pour l’an prochain.

NEW YORK – Mon groupe de coureurs est formé (une cinquantaine). L’agence dépositaire exclusive de dossards garantis en a vendus 39. Il en reste seulement un (avis aux intéressés), et il y a encore 2 chambres à l’hôtel dans Manhattan pour les coureurs qui veulent faire le 5 km la veille du marathon (inscriptions encore ouvertes au moment de vous écrire à www.ctfsnycmarathon.org et pour les touristes qui veulent joindre mon groupe. Notre autobus en partance de Montréal le vendredi 4 novembre peut encore en accommoder. Nous revenons le lundi 7 novembre en après-midi.

BOSTON – La période d’inscription ouvre le 12 septembre. J’ai déjà commencé à former mon groupe, à jumeler des coureurs seuls et à distribuer mes chambres. Bienvenue aux accompagnateurs et aux simples touristes!

BIG SUR – J’invite les coureurs qualifiés et sélectionnés pour Boston à relever le défi du B2B (soit courir les marathons de Boston le 17 avril et de Big Sur le 30 avril). L’inscription aura lieu en octobre, une fois les sélections de Boston terminées, à www.bsim.org. Bien sûr, j’organise le voyage.

UTICA – L’an prochain, le 9 juillet, ce sera la 40e édition du 15 km, avec une participation estimée à 15 000 coureurs (6500 au 5 km). J’invite les coureurs intéressés à y penser d’avance et à me faire part de leurs intentions. J’y retourne et je forme un groupe.

Pierre Bourassa pour Courir.org
Courriel: hibourassa@gmail.com
418-234-2125