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Faire plus avec moins par Richard Strasbourg

Côté sombre

Pour une raison qui m’échappe encore, depuis le début de l’année, tout ce que j’ai écrit au sujet de la course tournait autour du thème suivant: le côté sombre.

Bien entendu, je suis toujours aussi passionné par notre sport, mais à cause de l’hiver peut-être, j’en revenais toujours aux choses qui sont moins glorieuses à propos de l’entraînement et de la compétition. J’ai dû écrire quatre ou cinq versions de ce texte, et chacune était plutôt déprimante.

Puis, les 14 et 15 mars, alors que je passais la nuit dans ma voiture sur l’autoroute 13, je me suis rappelé de toutes les choses que j’avais apprises, douloureusement parfois, grâce à la course et qui, d’une certaine façon, m’ont aidé à minimiser les inconforts de cette situation.

Crédit photo: Radio-Canada

Par exemple, en auto sur la route comme en course à pied, à tout moment j’essaie d’être prêt pour toutes sortes de scénarios: j’espère le meilleur et je me prépare au pire. Caprices de la météo, hydratation, alimentation, accidents, petits besoins naturels et urgents, blessures, pannes, réparations, communications, etc.

Aussi, j’essaie de séparer un objectif, connu ou non, en petites étapes. Dans le cas de l’autoroute 13, il s’agissait des textos que m’envoyait ma copine pour me tenir au courant de la situation et me donner une idée du temps que je devrais passer à attendre avant de sortir de là. En course à pied, le parcours est habituellement assez clairement indiqué et connu même s’il m’est arrivé de me perdre au moins une fois dans le passé. Leçon apprise donc que de séparer un grand objectif en petites étapes, au cas où les choses prendraient un peu plus de temps que prévu. Dans ce cas-ci, 15 minutes sont devenues 15 heures.

Et puis, même si on pense parfois qu’on a pensé à tout, on finit toujours par se retrouver dans une situation qui nous prend un peu, ou même beaucoup, au dépourvu. Dans ces situations-là, il faut simplement faire son gros possible avec ce qu’on a, en mode survie ou sur le pilote automatique, sans oublier d’ajuster ses objectifs.

Finalement, on a beau avoir tout ce qu’il faut sous la main, dans le coffre, sur le dos ou autour de la taille, la façon dont nous faisons face aux imprévus, mineurs ou catastrophiques, dépend souvent plus de la force physique et mentale qu’on a développée au fil de nos expériences que de la situation elle-même. Ce qui veut dire qu’on a beau avoir toutes les bébelles nécessaires, elles ne nous serviront peut-être à rien s’il nous manque cette force calme pour nous faire un plan et le mettre à exécution. Donc, à chaque fois que nous nous imposons un entraînement ou une compétition ou que nous apprenons quelque chose de nouveau sur notre sport ou même sur un autre sujet, nous bâtissons cette force ou cette débrouillardise, qui doit pouvoir nous servir dans la vraie vie. Sinon, c’est peut-être juste pour les médailles et les t-shirts…

Pour ma part, après de nombreuses années sur des chemins de toutes sortes et par toutes les conditions agréables et misérables, c’est surtout pour ça que je continue à entraîner mon corps, ma tête et mon coeur: je me prépare pour l’imprévisible.
Richard Strasbourg pour Courir.org
Courriel: rstrasbourg@hotmail.com