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Sur la route par Yves Daigneault

Les intervalles avec attitude

Nous n’avons plus en 2017 à prouver l’efficacité des intervalles dans un programme de course à pied. Tellement, qu’à l’Institut de cardiologie de Montréal, pour le nommer, on s’en sert pour accélérer le rétablissement des patients ayant subi différentes interventions, et ce, avec un taux de réussite hors du commun.

Longtemps, ils ont été mon pain et mon beurre lorsque, à la recherche d’une performance ou d’un record personnel, je m’assurais à la fois d’une bonne vitesse, même dans les longues distances, voire jusqu’au marathon.

Les années ont passé et les vitesses se sont faites plus modestes, mais le coeur et l’âme du compétiteur restent encore avides de ces sensations extraordinaires que procure cette pointe de vitesse encore disponible, à l’approche d’un fil d’arrivée, qu’il soit réel ou imaginaire.

Ce que j’en comprends, c’est que peu importe les années qui passent, une fois qu’on accepte l’objectivité des chronos différents sur toutes les distances, on ne doit pas céder à la tentation, parfois pressante de tout lâcher, pour passer à autre chose, et garder en nous cette soif d’action, performante dans sa catégorie d’âge.

Ce qui maintient ma motivation, c’est d’encore une fois répondre à cette peur d’avoir le souffle court, les jambes lourdes et le goût de marcher plus que d’accélérer, à la fin de chaque intervalle, par un baroud d’honneur, presque foudroyant, même si en réalité il se traduit souvent par un maintien de la vitesse présente, jusqu’à la fin du temps alloué. Dans mon cas, le plaisir de réussir ces intervalles me garde sur la route et la piste, tel un jouvenceau, devant un monde à découvrir.

Courir fait partie de moi et les intervalles en sont la bougie d’allumage.
Yves Daigneault pour Courir.org
Courriel: y.daigneault@videotron.ca

Ces mille pas par Laurianne Roberge

Un «vrai» coureur

Il y a certaines choses qui me fâchent dans la vie.

La crédulité humaine en est une. Snoozer et manquer mon bus aussi.

En course à pied, si j’avais à choisir l’élément qui m’horripile par dessus tout, je n’opterais pas pour les blessures ni pour les ampoules ou la mauvaise température. Non. Certes, ce sont tous des éléments irritants qui apportent leur lot de désagréments. Or, il y a quelque chose de pire. Bien pire.

Il y a quelque chose que les gens me disent beaucoup trop souvent.

«Heille, Laurianne, j’ai commencé à courir un peu. J’aime ça, mais t’sais, j’suis pas encore une vraie coureuse, là. Pas comme toi! J’fais juste des p’tits 2 minutes en alternance avec la marche.»

Attends une seconde. Une vraie coureuse? C’est quoi, ça, un VRAI coureur?

Ben là! C’est évident non? Un ectomorphe chaussé du plus récent modèle de chaussure de sa compagnie fétiche, ornant superstitieusement ses mollets de chics bas de compression pour contrer les attaques lactiques et qui porte, à la taille, une ceinture d’hydratation remplie de gels et de capsules de sel. Mais oui! Et ce VRAI coureur porte évidemment un moniteur de fréquence cardiaque afin de suivre les battements de son coeur à chaque instant sur sa montre GPS à 600 $ alors qu’il s’exténue dans ses intervalles courts du mardi. Un VRAI coureur a de l’expérience. Il court probablement de gros volumes et fait des marathons sous les 3 heures, sans marcher, assurément.

Hum. Ça me laisse perplexe.

En fait, lorsque quelqu’un me dit qu’il n’est pas un vrai coureur, ça me fend dans l’autre sens. Parce que ça n’existe pas, un vrai coureur. Si tu cours, tu es un coureur.

On s’en fout que tu alternes marche et course ou que tu sois un adepte des courses de 5K. Tu cours!

Et si tu fais un demi-marathon, ce n’est pas QUE la moitié d’un marathon. C’est 21K. Pas la moitié d’un tout!

Et si ce qui te passionne sont les longues distances, fine! Tu cours longtemps, et puis?

Tu cours aussi.

Au même titre que Madame Ginette qui vient de débuter et qui fait ses intervalles dans ses souliers multisports pour voir si elle aime ça.

Vois-tu, la course à pied, ce n’est pas élitiste. Ce n’est pas un cercle fermé réservé aux meilleurs. C’est une belle communauté qui réunit des milliers de gens de partout dans le monde qui se ressemblent sur un point: ils enfilent leurs souliers et partent sillonner les rues et les sentiers sans but précis.

Donc lorsque quelqu’un me dit qu’il n’est pas un vrai coureur, c’est comme s’il sous-entend qu’il n’est pas assez bon, qu’il n’est pas assez en forme et que, en réalité, il ne court pas vraiment.

Comme s’il ne croyait pas en lui.

Comme si elle ne croyait pas en elle.

Et ça m’attriste.

Parce qu’après tout, on débute tous un jour. Et ce n’est pas la vitesse, la distance ou bien le temps qui définit quelqu’un en tant que coureur.

C’est sa passion.

Laurianne Roberge pour Courir.org
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