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Sur la route par Yves Daigneault

Mes deux essentiels

De prime abord, c’est-à-dire en termes convenus du monde de la course organisée, je cours depuis environ 40 ans. Mais selon les dires de ma mère, c’est vers neuf mois que j’ai fait mes premiers pas. Mes élans sautants de coureur vinrent quelques mois plus tard. Ce qui nous approche des 69 années bien sonnées.

Si je mesure ce temps avec minutie, c’est non seulement qu’il m’est compté, mais aussi parce qu’il vit une transition. Dans mes premières années d’enfance, je courais sans y penser, ou plutôt par pur plaisir de bouger. Les compétitions n’ont pas tardé à s’y inviter. Là encore, la comparaison n’était pas claire dans mon esprit. Il fallait arriver premier, c’est tout. Ce qui m’a fait vivre moult frustrations.

L’émulation comme motif de continuer sera un aiguillon ma vie durant. Elle a filtré autant d’accomplissements que d’échecs, mais elle a toujours résonné comme une mesure de réussite. La course comme telle était et est encore une mesure parmi tant d’autres, dans mes élans d’action.

Depuis quelque temps, disons quelques années, les élans me mènent moins vers les lignes de départ, muni d’un dossard. C’est plutôt en dilettante que je m’adonne à cette activité qui n’a cessé de me passionner. Je ne dirais pas que c’est devenu une routine, comme le rituel de la toilette du matin, mais c’est avec deux essentiels que je poursuis mes sorties de course à pied.

Le premier essentiel, mais non le moindre, je le vis dans la dissociation, c’est-à-dire que mon esprit peut rôder, explorer à sa guise, le deuxième souffle lui offrant ce passe-droit rare, s’il en est un. En effet, combien de fois me suis-je vu décider d’une sortie de course, pour quoi, me sentir mieux, quoi, régler un petit problème, quoi, me réajuster l’esprit. La distance et le temps jouant ici un rôle tout à fait secondaire. De toutes les raisons qui m’ont fait enfiler mes souliers de course, cet élan viscéral vient au premier rang, ex aequo avec le goût de la vitesse.

Nous voici donc, de toute évidence, face à mon deuxième essentiel, la vitesse. Ce terme peut paraître pompeux, voire abusif, aux côtés de la très grande majorité de mes congénères. N’osons pas y ajouter les mammifères quadrupèdes qui nous font rougir d’envie, par la facilité avec laquelle ils placent des accélérations foudroyantes, au moindre prétexte. Reste que la griserie du souffle court et de la force des grandes foulées qui rapprochent le point de mire droit devant procurent l’ivresse que seule la vitesse catalyse.

Tout étant relatif, que ce soit en dilettante, ou en ce qui me reste du mot vitesse, je continue d’exprimer ma passion pour la course à pied en compagnie de ces deux essentiels.

Yves Daigneault pour Courir.org
Courriel: y.daigneault@videotron.ca