Archives par mot-clé : distance

Ces mille pas par Laurianne Roberge

laurianne-montagne-1

De la tête aux talons [Confessions]

J’ai une confession à faire.

Plus je cours, plus je réalise une chose: la course est une drogue. Pas une petite drogue inoffensive, non. Plutôt une substance à laquelle on pense constamment, une dépendance chimique dont on ne peut se défaire. Du moment où je me lève, j’y pense. D’une manière ou d’une autre, tout commence à tourner autour de la course à pied. Lorsque j’ouvre mes divers fils d’actualité sur les réseaux sociaux, c’est tout ce qu’il y a: des nouvelles de courses de partout dans le monde, des portraits d’athlètes, des blogueurs-coureurs qui, comme moi, tentent d’insuffler la passion au sein des communautés virtuelles, des résultats de marathons et d’ultra-marathons, des offres de lancement, de la course, de la course et de la course.

La course est devenue ma nouvelle unité de mesure.

Des distances sont évaluées en terme du temps que je prends à les parcourir. Parce que oui, il arrive un moment dans la vie du coureur où ses calculs ne se font plus en distance, mais bien en temps. Il estime le temps que ça pourrait lui prendre parcourir un chiffre à la course, plutôt que d’évaluer la distance en elle-même. Il existe un moment où, lorsque le coureur croise les panneaux verts qui ornent la grand route de leur stature statistique, il a la pensée intérieure qu’il pourrait courir jusqu’à la prochaine ville, ou qu’il a déjà couru aussi loin. Justement hier, en revenant de Val-David, il restait 42 km avant de prendre une sortie. Devinez ce qui me trottait dans la tête pendant ce bout de chemin?

Mais les symptômes ne s’arrêtent pas là.

Non. La relation qui m’unit à la course n’est pas que psychologique. Physiquement, j’en ai besoin. Si je ne cours pas, je suis en profond manque. C’est comme si le volcan interne qui sommeille je ne sais où dans mon anatomie se réveillait en sursaut et du pied gauche, causant ainsi une éruption inlassable alimentée par la sédentarité forcée. En manque des drogues douces sécrétées par mon cerveau à la suite d’une course, mon corps, transis par le jeûne d’endorphines, se révolte contre mon esprit et me rend survoltée. Ma concentration s’échappe en douce, sans laisser de mot pour me dire lorsqu’elle reviendra. Ma patience l’accompagne en lui tenant la main et en me faisant des adieux à la reine Élisabeth, m’abandonnant ainsi aux trois mousquetaires qui se vautrent dans leur douillet divan: Mesdames Colère, Hyperactivité et Impatience.

Mais voyez-vous, le pire dans tout ça, c’est que même blessée, je vais dire à ma douleur de se terrer dans un trou et de me laisser tranquille pour pouvoir aller courir. Tout ça pour quoi? Pour les éphémères endorphines, pour la subtile dopamine. De puissantes drogues qui m’apaisent, m’inhibent même, pendant les quelques heures passées à m’envoler les pieds sur terre.

J’ai une confession à faire.

De la tête aux talons, de mes synapses à mes orteils, de tout mon être, je suis course. Voilà, c’est fait, c’est admis et accepté. Bon, ce n’est pas que je n’vous aime pas, mais je dois y aller. Vous savez, j’ai besoin de ma petite dose quotidienne.

laurianne-route-hiver-1

Laurianne Roberge pour Courir.org
Suivez-moi sur Facebook et sur mon blogue Ces mille pas

Ces mille pas par Laurianne Roberge

Un «vrai» coureur

Il y a certaines choses qui me fâchent dans la vie.

La crédulité humaine en est une. Snoozer et manquer mon bus aussi.

En course à pied, si j’avais à choisir l’élément qui m’horripile par dessus tout, je n’opterais pas pour les blessures ni pour les ampoules ou la mauvaise température. Non. Certes, ce sont tous des éléments irritants qui apportent leur lot de désagréments. Or, il y a quelque chose de pire. Bien pire.

Il y a quelque chose que les gens me disent beaucoup trop souvent.

«Heille, Laurianne, j’ai commencé à courir un peu. J’aime ça, mais t’sais, j’suis pas encore une vraie coureuse, là. Pas comme toi! J’fais juste des p’tits 2 minutes en alternance avec la marche.»

Attends une seconde. Une vraie coureuse? C’est quoi, ça, un VRAI coureur?

Ben là! C’est évident non? Un ectomorphe chaussé du plus récent modèle de chaussure de sa compagnie fétiche, ornant superstitieusement ses mollets de chics bas de compression pour contrer les attaques lactiques et qui porte, à la taille, une ceinture d’hydratation remplie de gels et de capsules de sel. Mais oui! Et ce VRAI coureur porte évidemment un moniteur de fréquence cardiaque afin de suivre les battements de son coeur à chaque instant sur sa montre GPS à 600 $ alors qu’il s’exténue dans ses intervalles courts du mardi. Un VRAI coureur a de l’expérience. Il court probablement de gros volumes et fait des marathons sous les 3 heures, sans marcher, assurément.

Hum. Ça me laisse perplexe.

En fait, lorsque quelqu’un me dit qu’il n’est pas un vrai coureur, ça me fend dans l’autre sens. Parce que ça n’existe pas, un vrai coureur. Si tu cours, tu es un coureur.

On s’en fout que tu alternes marche et course ou que tu sois un adepte des courses de 5K. Tu cours!

Et si tu fais un demi-marathon, ce n’est pas QUE la moitié d’un marathon. C’est 21K. Pas la moitié d’un tout!

Et si ce qui te passionne sont les longues distances, fine! Tu cours longtemps, et puis?

Tu cours aussi.

Au même titre que Madame Ginette qui vient de débuter et qui fait ses intervalles dans ses souliers multisports pour voir si elle aime ça.

Vois-tu, la course à pied, ce n’est pas élitiste. Ce n’est pas un cercle fermé réservé aux meilleurs. C’est une belle communauté qui réunit des milliers de gens de partout dans le monde qui se ressemblent sur un point: ils enfilent leurs souliers et partent sillonner les rues et les sentiers sans but précis.

Donc lorsque quelqu’un me dit qu’il n’est pas un vrai coureur, c’est comme s’il sous-entend qu’il n’est pas assez bon, qu’il n’est pas assez en forme et que, en réalité, il ne court pas vraiment.

Comme s’il ne croyait pas en lui.

Comme si elle ne croyait pas en elle.

Et ça m’attriste.

Parce qu’après tout, on débute tous un jour. Et ce n’est pas la vitesse, la distance ou bien le temps qui définit quelqu’un en tant que coureur.

C’est sa passion.

Laurianne Roberge pour Courir.org
Suivez-moi sur Facebook et sur mon blogue Ces mille pas