Il y a des jours comme ça
Le dimanche 12 juin, je me suis fait réveiller par le bruit du vent, 10 minutes avant que mon alarme ne retentisse. Ça n’annonçait pas grand-chose de bon, mais au moins il faisait soleil et j’avais rendez-vous au Défi DMLA, pour les personnes qui souffrent de la dégénérescence maculaire et de la maladie de Stargardt, à La Salle, près de chez moi. Étant le monsieur positif que je suis, j’ai donc commencé ma journée, comme prévu.
Comme j’en ai vu d’autres, j’ai mis dans mon sac des vêtements pour presque toutes les intempéries, sauf la neige, même si j’ai toujours une tuque et des gants dans mon auto.
Une fois sur le site, le ciel s’est mis à se couvrir et les choses sont devenues vraiment intéressantes. Je suis entré dans une sorte de débat intérieur avec moi-même et presque tous les sujets portant sur la course y sont passés.
Je vous épargne les détails, mais même si j’ai de l’expérience avec les imprévus, il y a eu des moments avant la course où je me suis dit que j’allais juste rentrer chez moi et essayer de sauver ma journée. Mais je suis un coureur et une vraie tête de cochon, même quand ma motivation est mise à l’épreuve. Et puis, je savais aussi que quelque chose en moi n’aurait pas très bien vécu avec cet abandon.
Il m’est arrivé à quelques reprises dans mes années de compétition d’avoir à rebrousser chemin avant d’arriver à une course (tempêtes tropicales, orages, grêle, routes fermées, etc.), mais jamais je ne me suis rendu sur le site d’une compétition pour finalement décider de ne pas courir ou au moins marcher le parcours.
Cela dit, je dois mentionner que les organisateurs de la course ont semblé s’en tirer de façon admirable, surtout avec des coureurs plutôt impatients. Les bénévoles, eux, étaient présents et bien éveillés sur le parcours, au départ comme à l’arrivée. Il y avait apparemment quelque chose dans l’air ce matin-là, mais ça ne semblait pas les déranger.
Toujours est-il qu’après un parcours de 5 km, que j’ai fini par courir à reculons (ce qui faisait partie de mon débat avec moi-même: par devant ou à reculons?), je me suis félicité de l’avoir fait. C’était un beau parcours avec plein de petits défis pour le rétro-coureur que je suis, qui fut bien sûr parsemé d’intéressantes conversations, entre autres avec une guide qui essayait d’expliquer à une coureuse aveugle qu’il y avait quelqu’un qui courait à l’envers devant elle. Ça m’a rappelé certaines courses pendant lesquelles j’ai moi-même eu besoin de quelqu’un pour être mes yeux.
En fin de compte, quand j’y repense, tous ces petits obstacles que la vie a mis sur mon chemin ce jour-là ne sont rien en comparaison des défis que rencontrent les personnes aveugles tous les jours. Juste en pensant à ça, je savais en me réveillant que j’allais finir par faire ce que je m’étais mis en tête de faire, peu importe les circonstances.
Je suis donc rentré chez moi, peu après la course, plus heureux qu’à mon réveil, longeant le bord de l’eau, en me disant que j’avais bien fait de me donner ce coup de pied dont j’avais besoin pour continuer à avancer.
Prochaine étape: Le Tour du Lac Brome. Celle-là je la prépare depuis longtemps. Donc, il n’y aura pas d’hésitation: j’y vais, peu importe ce que la nature décidera de me lancer comme défi.