Rébellion: Juste courir

Depuis que je participe à des événements sportifs organisés (environ 350 à ce jour), je l’ai fait pour différentes raisons.
Pour le plaisir bien sûr, mais aussi pour le défi que chaque événement présentait et souvent pour être avec des gens qui aimaient faire la même chose que moi: bouger.
Puis, en cours de route, j’ai voulu donner un coup de main, comme bénévole et aussi en courant pour des oeuvres de charité. Ce qui, aussi étrange que cela puisse paraître, s’est fait avec un succès assez limité.
En effet, il m’est arrivé à plus d’une reprise de me pointer sur un site, tôt le matin, pour m’inscrire comme bénévole et me faire dire que les organisateurs avaient déjà tout leur monde, mais merci quand même d’être venu. Des fois, on me trouvait quelque chose à faire, mais j’avais l’impression de déranger. Étrange, mais tout ça, bien sûr, c’était avant mon retour au Québec. Ici, j’ai toujours été bien accueilli.
Plus récemment, j’ai souvent été présent sur le terrain pour faire la promotion de notre beau sport et de ses nombreuses variantes compétitives avec l’équipe de Courir.org, mais aussi pour promouvoir mes services d’entraîneur.
Cette année, alors que j’avais un projet un peu plus élaboré, côté charité, j’ai rencontré quelques problèmes techniques. Malheureusement, les planètes ne se sont pas alignées comme je l’aurais souhaité et j’ai donc décidé d’envoyer tout ça dans l’univers et de laisser faire le destin pour déterminer ce que je ferai d’ici la fin de l’année, pour qui et pour quoi.
Donc, d’ici le retour de l’hiver, je courrai pour moi, pour apprécier les berges du canal Lachine et du St-Laurent, avant de déménager cet été. À ce moment-là, j’aurai une toute nouvelle région à découvrir: Lanaudière. Après ça, on verra bien.
En écrivant ça, je me rappelle un passé pas si lointain où je sentais que je devais absolument participer à des courses aussi souvent que possible, jusqu’à trois fois par fin de semaine. Bien sûr, j’avais beaucoup de plaisir à le faire et tant qu’à y aller, aussi bien y aller sans retenue. Mais avec du recul, il me semble qu’il y avait aussi une pression associée à ça, comme si ça ne comptait pas vraiment de courir 5, 10 ou 42 kilomètres si je ne rendais pas la distance officielle, t-shirt et médaille à l’appui.
Je pense même que j’ai développé une sorte de dépendance à la performance, un peu comme celle des joueurs compulsifs. Je coursais et, satisfait ou pas, je voulais y retourner au plus vite pour une chance de faire encore mieux. Je me disais que la prochaine fois serait la bonne pour gagner des secondes, des minutes et peut-être même le gros lot: un record personnel! Je finissais deuxième ou troisième dans une course locale? Peut-être que la semaine suivante je serais finalement premier. Alors là, peut-être que je pourrais me reposer un peu…
De la même façon, j’aimais l’idée qu’il est toujours possible de courir un peu plus, que ça n’est jamais vraiment assez ou que ça devient trop facile: demi-marathon, marathon, en jonglant, à reculons, dans un costume de mascotte, dans la boue, à se faire lancer de la poudre au visage, etc. Amenez-en, des défis!
Et puis, tant qu’à y être, pourquoi ne pas rajouter un sport en plus de la course à pied et même deux sports? Des obstacles? Des zombies? Woohoo!
Personnellement, même si j’ai beaucoup d’admiration pour les coureurs et coureuses extrêmes, je ne suis pas allé au-delà du demi-marathon à reculons, du marathon par-devant et du duathlon pour ce qui est de mettre de la folie dans mes défis, de pousser la distance ou de combiner des sports. Mais quelque part entre ma première course et mon dernier marathon, j’ai senti que peut-être je m’éloignais un peu de ce qui devait au départ être bénéfique pour mon bien-être physique, psychologique et pour ma vie, hors-route et hors-piste: la vraie vie.
Cela dit, je ne peux m’empêcher de penser que, malgré ce changement d’attitude, je vais probablement me retrouver dans la mêlée, d’une manière ou d’une autre, et plus vite que je ne le pense. C’est un peu comme être célibataire et dire qu’on arrête de chercher l’âme soeur, 30 secondes avant qu’elle nous tombe dessus! Ce qui m’est arrivé, en fait, quelques mois après ce dernier marathon, peut-être parce que j’ai commencé à retrouver une sorte d’équilibre dans ma vie. À courir 6 ou 7 jours par semaine, étonnant que je n’aie pas fini avec une coureuse, voire une coureuse extrême!
Au moment de compléter cette collaboration, deux projets se pointent à l’horizon, mais je ne m’emballe pas trop pour le moment. Ces idées ne sont pas les miennes et ont de bonnes chances de ne pas se concrétiser. Je laisse donc les choses venir à moi et je continue à faire ma petite affaire.
Enfin, quelle que soit votre approche en ce qui concerne les sentiers plus ou moins battus de la compétition, je vous souhaite à tous et à toutes une excellente saison de course 2017.
Richard Strasbourg pour Courir.org
Courriel: rstrasbourg@hotmail.com