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Archives par mot-clé : biomécanique
Ces mille pas par Laurianne Roberge
L’envol
La course à pied, c’est beau. Ouais.
Quand on y pense, chaque pas nous permet de flotter. Un micro-instant, mais tout de même. On flotte. Pensez-y. Pendant une fraction de seconde, aucune partie de notre corps ne touche le sol. On lévite. Et cet état se répète à chaque pas, chaque fois qu’on frôle le sol pour aussitôt le repousser violemment.
Vous ne trouvez pas ça incroyablement beau que, biomécaniquement, le corps soit conçu pour courir? Chaque tendon s’étire parfaitement pour agir comme un ressort, chaque muscle se contracte d’une manière spécifique pour être efficace et contribuer au mouvement et à la stabilisation de différentes articulations, chaque os absorbe des chocs d’une force extrême, s’en moque un peu et continue son travail; le corps humain s’assemble comme une machine vertueusement imaginée où les pièces s’imbriquent comme un charme et travaillent dans une synergie parfaite pour nous permettre d’avancer. En flottant.
N’est-ce pas le moyen de locomotion le plus magnifique qui puisse exister? Deux pieds et un peu de volonté. Le reste, c’est du superflu. Notre corps est capable de se porter sur des distances incommensurables, de s’auto-réguler, de gérer sa physiologie en entier, de traiter et d’interpréter justement une infinité de stimuli sensoriels et viscéraux qui lui sont bombardés à tout instant. Tout ça pour quoi? Pour courir. Certains parcourent des milliers de kilomètres en une année. Au final, ce sont des centaines et des milliers d’heures qui sont cumulées dans une vie. Des centaines et milliers d’heures passées à avancer. Tout simplement.
Certains nous trouvent probablement bizarres de courir. C’est le truc le plus inefficace sur Terre. Littéralement. On s’habille (en hiver, c’est long en plus!), on sort de chez soi. On se réchauffe. On part. 10, 15, 30, 120 minutes. Et on revient à notre point de départ. Non seulement a-t-on dépensé de l’énergie, mais on a dépensé de l’énergie pour partir du point A… au point A. C’est comme un jeu de serpent-échelle où notre fun est de grimper les échelons pour mieux redescendre.
Mais vous savez quoi? De là émerge la beauté de la course à pied.

La course nous libère, nous donne un bref aperçu de ce que ça signifie, être libre. Elle nous fait oublier notre simple statut de bipède contraint à subir le lourd effet de la gravité. En courant, on foule le sol légèrement, on le caresse le tronc vers l’avant, vers l’avenir, en décollant tranquillement. On se laisse abrutir. On se crée un espace libre au sein de nos têtes trop remplies, un vide serein.
Parce qu’après tout, il faut être léger pour prendre son envol.
Laurianne Roberge pour Courir.org
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