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Faire plus avec moins par Richard Strasbourg

Bilan 2016

Liste
2016 a commencé avec une longue liste d’objectifs plutôt réalistes, mais aussi trop nombreux pour que je les atteigne tous. Fidèle à mon habitude, j’ai continué à m’en demander plus que je suis capable d’en faire dans une année. Je suis comme ça: j’aime viser plus haut que mes capacités, mais je ne m’en veux pas trop quand je n’y arrive pas tout à fait. Je me connais bien! Et puis, il y a des choses qui se sont rajoutées, puis d’autres items auxquels je n’ai pas touchés et aussi tout ce qui n’était pas là au départ, mais que j’allais quand même accomplir. C’est un genre de planification assez chaotique, mais j’ai besoin de sentir que tout ça reste une sorte de guide plutôt qu’un ensemble de tâches écrasantes et stressantes.

Objectifs
Parmi ces objectifs, je voulais courir de plus longues distances que par les années précédentes. J’ai réalisé en janvier que j’avais laissé quelques hivers avoir le meilleur de moi surtout, je pense, parce que je ne participe pas souvent à des courses pendant la saison froide. J’avais donc besoin d’un défi important à relever pour le printemps ou l’été, quelque chose à l’horizon qui me motiverait à courir dans la neige.

Tour du Lac Brome
Ainsi, je m’étais promis d’essayer les 22 km du Tour du Lac Brome. Cette expérience, que j’ai partagée avec vous l’été dernier, s’est avérée pénible, mais je l’ai complétée et elle m’amènera en 2017 ou en 2018, à une petite revanche. Quand le temps sera venu, je saurai quoi faire et il ne restera qu’à le faire.

Isle-aux-Coudres
En août, un autre défi s’est présenté, qui lui n’était pas sur ma liste: le Grand demi-marathon de l’Isle-aux-Coudres. Cette course, plus longue mais moins difficile que mon joyeux calvaire du mois de juin, m’a tout de même pris tout ce que j’avais pour en venir à bout. Cette distance, que j’ai choisie à la dernière minute, la nouveauté de ce parcours pour moi et sa longueur (total de 23 km) ont presque eu raison de ma détermination, même si je m’étais dit que le paysage suffirait à me transporter sur les quelques kilomètres supplémentaires. J’avais tort, pas pour la beauté de la vue mais pour la difficulté toute subtile des inclinaisons. Une autre belle revanche à mettre sur mes prochaines listes.

Hors route
Autre point important au sommet de ma liste annuelle: je voulais mettre plus d’effort sur la musculation dans mon programme d’entraînement. Bien en route pour mes 45 ans, je me suis rendu compte que j’avais un peu négligé cet aspect dans les dernières années.

Toute l’année, j’ai donc essayé différentes choses et je suis plutôt heureux d’avoir retrouvé ma discipline dans ce département, mais je réalise que ce point reviendra trôner au sommet de mes prochaines listes annuelles. Comme pour la course, il n’y a pas vraiment de ligne d’arrivée sur ce parcours, mais plutôt des pas en avant et des pas à reculons, des essais et des erreurs, pour essayer de minimiser les effets du temps, mais aussi pour trouver ce qui fonctionne ou pas, selon les circonstances.

À reculons
En parlant de pas à reculons, je m’étais promis de participer à plus de courses et je suis encore là très content de ma saison. J’aurais aimé pousser la distance à 15 km ou plus, mais je me suis rendu compte qu’il me manquait un petit quelque chose pour m’amener là où je voulais aller ou plutôt y retourner: au-delà des 10 km.

Comme je vous en ai parlé le mois dernier, je me suis trouvé une cause pour laquelle courir à reculons en 2017 (la Fondation Terry Fox pour la recherche sur le cancer), et c’est fort d’un enthousiasme renouvelé que je braverai notre beau climat tout l’hiver, même si ça ne sera pas à l’envers, afin d’être dans la meilleure forme possible quand le beau temps reviendra.

D’ici là, on verra bien ce qu’il y aura d’autre sur la liste.

Bonne année 2017!

Richard Strasbourg pour Courir.org
Courriel: rstrasbourg@hotmail.com

Ces mille pas par Laurianne Roberge

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On me l’avait dit [Récit du Marathon de Magog 2016]

Ce matin, je ne réalise pas que je cours un marathon. Pas encore. En janvier, je cherchais un évènement pour compléter ma saison 2016 et m’étais inscrite sur un coup de tête au Marathon de Magog, ne connaissant pas sa réputation.

Il est 6h20. Greg et moi embarquons dans l’auto. Une petite heure et quart de route dans une obscurité complète nous attend. J’ai beau me le répéter sans cesse depuis que l’alarme s’est fait entendre, je ne réalise toujours pas que je m’apprête à courir un marathon. Dans l’auto, je m’égosille pour calmer mes nerfs. Chanter du Adele à tue-tête, c’est thérapeutique.

On arrive au stationnement vers 7h30, juste à temps pour attraper l’autobus qui emmène les coureurs vers le point de départ. Récupération du dossard, salutations des quelques visages que je reconnais dans la tente des coureurs, pause pipi-pré-course, départ dans 10 minutes. Initialement, Greg était censé courir la dernière boucle de 21 km avec moi. Cependant, il a changé ses souliers récemment et n’a pas assez couru avec ceux-ci pour qu’il prenne le risque de se blesser en chemin. Changement de stratégie s’impose: il m’attendra 5 km avant l’arrivée, soit au 16e et au 37e km, et m’aidera à garder une belle vitesse. Car oui, le Marathon de Magog est une boucle de 21 kilomètres qu’on fait deux fois. Donc chaque côte, chaque segment que l’on déteste franchir, eh bien, on y passe à deux reprises. Pour le meilleur et pour le pire.

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Le parcours

8h40. Je rejoins les autres coureurs qui prennent le départ du marathon. Je suis dans ma bulle. Aujourd’hui, j’ai un objectif en tête: enfin compléter un marathon sous la barre des 4h. On m’avait toutefois mise en garde. Magog est très côteux lorsqu’on le compare aux autres courses sur route au Québec. Ça représenterait donc un très beau défi.

Avant même que je ne le réalise, le départ est donné. Vite! Partir la montre GPS à tout prix avant de franchir l’arche de départ. Fiou, tout est parfait. Je m’élance finalement. Même pas 200 mètres de parcourus et ça monte déjà. Et ça monte. Et ça monte. La pente se court très bien et j’essaie de trouver un rythme qui sera confortable, mais pas conservateur.

Tout se déroule à merveille. Au 6e kilo, on tourne sur le Chemin Bice, une pente assez prononcée. Je laisse la gravité agir et dévale la côte à tout rompre. Toutefois, ce n’est pas tout le monde qui emprunte ma stratégie. Plusieurs coureurs se retiennent beaucoup et font de petits pas. Certains marchent! Non, non, marcher dans les montées, ça va. Mais dans les descentes? Bref. Je continue ma route sur une belle lancée. Je commence à assimiler le fait que je suis en train de courir un marathon. Tranquillement, cette idée fait son chemin.

On arrive dans une belle section de sentiers en poussière de roches, tortueuse et côteuse à souhait. Certaines montées me rappellent même les sentiers du Xtrail! Déterminée, je cours toutes les côtes, même si j’ai peur d’en payer le prix plus tard dans la course. Pas grave, j’assumerai et je ralentirai.

J’arrive au 16e. Greg est là, tout sourire. Il me demande si tout va bien. Je lui réponds que j’ai mal à ma hanche droite. Pas assez pour arrêter, mais suffisamment pour que ça me dérange. Au 19e, il y a également la pancarte du 40e kilomètre. Je dis à Greg que j’ai hâte d’être rendue là. Le deuxième tour me pèse déjà, et je ne l’ai même pas entamé. On court dans un petit quartier résidentiel charmant, avec un faux plat descendant, jusqu’à ce qu’on tourne sur une rue qui marquera la séparation entre les coureurs du 42 et ceux du 21. Greg me laisse continuer.

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21e km. Crédit à Jocelyn Riendeau

J’entame ma deuxième boucle. Ouf. Ça ne me tente pas. Est-ce que je peux revenir sur mes pas et simplement faire le demi? J’ai mal à la hanche. Au 24e, je considère même m’arrêter à la prochaine station d’aide et demander d’être transportée au départ. J’en ai plein mon casque, comme dirait l’autre. Puis, la pensée d’un marathon sous les 4h revient me hanter. Et cette idée devient plus forte que tout le reste. Je continue donc. Chemin Bice, ça descend. J’ai deux options: préserver mes ongles d’orteil et atterrir talon, ou préserver mes hanches et mes genoux et atterrir avant-pied. Bon, RIP les ongles d’orteil. Merci pour tout! L’énergie revient et je garde une belle vitesse. Je cours les montées, ce qui me permet de gagner beaucoup de terrain. Je me permets le luxe de marcher en prenant ma nutrition. Ça m’évite de m’étouffer et ça m’accorde une petite pause de course que j’apprécie beaucoup.

À un certain moment, on entre dans une forêt de pins. C’est magnifique. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai envie de pleurer. Ça m’en coupe le souffle. J’ai juste hâte d’arriver au 37e pour voir Greg. C’est ce à quoi je m’accroche continuellement. D’autres côtes. Je me hisse plus haut dans le classement. Je dépasse des coureurs sans cesse. Faut croire que la course en sentier m’a rendue un sacré service. Merci mont Saint-Hilaire et mont Saint-Bruno!

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Face d’une fille qui se sent comme de la merde, mais qui essaie de le cacher!

37e, juste avant d’arriver à Greg, je décide de regarder le temps. Ça fait 3h23 que je cours. Il me reste 5 km à faire. Même si je vais à 6 minutes au kilomètre, je vais quand même faire un sub 4. Ça me donne un boost incroyable. Même si – on va se le dire dans les vrais termes, pas de cachotteries – je me sens comme de la merde. Greg n’en revient pas de me voir si tôt. Il me demande comment je vais. Je lui réponds que j’ai envie de vomir et de m’évanouir. En gros, tout va hyper bien. Il essaie de me motiver, on arrive bientôt dans le quartier résidentiel qui descend. Je lui demande de marcher un peu pour retrouver mes esprits. Je prends une gorgée d’eau, respire bien, et on repart. On arrive au 40e. Il me donne des petits objectifs. «On va y aller tranquillement, mais je veux que tu dépasses le monsieur en jaune.» Check. 41e. On tourne sur la dernière montée. Et j’éclate en sanglots. C’est la première fois que ça arrive. Je reprends rapidement mes esprits, et on continue de courir. Mais elle est longue, cette fichue côte. En fin de parcours en plus!

On finit par finir, et on tourne sur l’ultime section du Marathon de Magog: une belle rue qui descend. Greg me dit: «OK, la fille au chandail turquoise, go get her». J’accélère. Je la dépasse. Plus qu’un petit virage et on voit l’arrivée. Il me dit: «Sprint!» Say no more.

Je fais aller mes jambes à tout rompre et je franchis la ligne d’arrivée. J’éclate en sanglots dans les bras de Greg. Je n’arrive pas à croire que j’ai réussi ce défi qui semblait infranchissable. Je me ressaisis, les bénévoles semblent touchés par l’émotion qui m’habite. Je regarde ma médaille, fière.

3h54.

On m’avait dit que ça serait difficile.

On m’avait dit que ça serait souffrant.

Mais on m’avait aussi dit que ça serait possible. Et c’est à cette parcelle de possibilité que je me suis raccrochée et en laquelle j’ai cru corps et âme pendant les 42 magnifiques kilomètres que j’ai parcourus au Marathon de Magog.

P.-S.: N’oubliez pas d’aller jeter un coup d’oeil à ma page Facebook si vous ne la suivez pas déjà. Je ne donne pas de conseils ou de trucs bien techniques, mais de la motivation et des belles photos, ça, j’en ai pour tout le monde!

Laurianne Roberge pour Courir.org

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Faire plus avec moins par Richard Strasbourg

Tour du lac Brome 2016: Humilité

Le samedi 18 juin, je suis allé faire de la côte, au lac Brome, amenant mon expérience avec moi, sur les sentiers plus ou moins battus de l’humilité.

Comme je choisissais de courir 20 km à chaque année depuis 2008, je voulais changer ça pour 22,2 km cette fois-ci, en me disant que deux petits kilomètres de plus ne pouvaient pas faire une énorme différence. Et ce, malgré ce qu’on en disait autour de moi.

Je me fais habituellement un devoir de ne jamais dire que je vais faire quelque chose si je ne pense pas que j’en suis capable, mais là, on dirait que j’ai surestimé mon entraînement et/ou sous-estimé ce parcours, qui était magnifique mais tellement difficile.

Bref, comme j’étais aussi là pour être bénévole, j’ai passé une partie de la journée à donner un coup de main à gauche et à droite sur le terrain du parc des Lions.

Puis, je suis parti vers Bromont, en autobus, pour le départ vers Brome. Le voyage en soi, qui n’empruntait pas le même parcours que la course, m’a semblé un peu long. Une fois arrivé, l’attente était agréable et avait toutes les commodités souhaitables pour les participants. On y annonçait la température de 28 degrés, mais je me suis dit qu’il ferait beaucoup moins chaud à la fin qu’au début, vu que la course était en fin de journée.

Peu après le départ, j’ai compris que ça serait une longue course. Tranquillement, les côtes ont commencé à me travailler les jambes, les pieds, le moral et même l’estomac, quand les enseignes de distance ont commencé à arriver moins vite ou que je les manquais parce que je regardais le sol, en essayant de ne pas penser au sommet.

Puis, je me suis rendu compte que de plus en plus de coureurs alternaient marche et course, ce qui m’a un peu surpris.

Et finalement, ç’a été mon tour. Je ne sais plus où ni quand, mais une de ces longues côtes a eu raison de ma volonté et je me suis mis à marcher, en jurant un peu, je dois l’avouer. Un peu déçu et un brin gêné aussi, les segments marchés ont d’abord été très courts et progressivement plus longs, comme les côtes il me semble.

Plus tard, j’ai commencé à revoir le même monde. Quand je courais, je les dépassais, et quand je marchais, ils me rattrapaient. On traversait cette épreuve ensemble, en s’encourageant entre nous et en essayant de ne pas lâcher, ce qui voulait dire s’écraser sur la route et attendre de l’aide.

Vers la fin, mon objectif était simplement de courir jusqu’au prochain cône ou jusqu’à la prochaine enseigne. Des fois, j’y arrivais, mais d’autres fois, non. À ce moment-là, même les descentes étaient difficiles.

Et puis, plus les kilomètres défilaient, plus je pensais à mon amour: Sonia, qui était bénévole près de la ligne d’arrivée. Finalement, je l’ai aperçue, en bas d’une longue côte, et je ne sais pas trop comment, mais je n’ai plus marché jusqu’au fil d’arrivée.

Je lui ai crié que j’arrivais, du haut de la dernière côte, et je lui ai dit que je l’aimais en passant, avant de foncer vers le parc et la fin de la course.

La morale de cette histoire, c’est que, même si on se prépare du mieux qu’on peut, malgré notre expérience, il y aura souvent, tôt ou tard, une de ces situations, un défi un peu spécial, pour nous ramener sur terre et nous faire questionner notre approche et notre stratégie.

La question à un million de dollars sera de savoir ce qu’on fait avec ça.

Pour moi, c’était cette course-là: les 22,2 kilomètres de route de campagne du lac Brome. Ce qui ne veut pas dire que je m’avoue vaincu. Peu après la course, je songeais déjà à des façons d’améliorer ma préparation pour l’an prochain.

Enfin, même si je ne fais pas de promesses et que bien des choses peuvent arriver d’ici à 2017, quelque chose me dit que je serai là pour prendre ma revanche, en sachant un peu plus dans quoi je m’embarque, cette fois-là.

Richard Strasbourg pour Courir.org
Courriel: rstrasbourg@hotmail.com