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Ces mille pas par Laurianne Roberge

Publié le 7 juin 2017

V’là l’bon vent, v’là l’joli vent

Bon. Par où commencer.

Commençons par le commencement (L’entraînement)

J’ai souvent de bonnes idées dans la vie. Dont celle-ci: m’inscrire à un marathon à la fin de la session universitaire. Oui, même si chaque année je me dis que je ne le referai pas, je finis toujours par appuyer sur le fichu bouton «M’inscrire». Oups. Malgré les cours et l’horaire étudiant assez chargé, j’ai tout de même réussi à accumuler plus de 700 km depuis la mi-janvier en préparation pour ce marathon!

Puisque tout s’est déroulé sans accroc et avec une belle vitesse, je me suis fixé l’objectif ambitieux de compléter le Marathon des Érables en 3h35 (Une moyenne de 5:06/km), ce qui me qualifierait pour le fameux Marathon de Boston…

La course

Mont-Saint-Grégoire. 6h45. Petit pipi-pré-course.

6h57, direction ligne de départ. Le peloton de courageux marathoniens est déjà assez dense et on a tous hâte de s’élancer dans les rangs de la petite municipalité.

Je me sens bien ce matin, mais pas aussi excitée qu’anticipé. Je pense que mon rhume des deux dernières semaines me fait douter de ma capacité à performer. Je m’empresse toutefois de chasser ces pensées pour me concentrer sur le départ. Je monte le son de ma musique. Je rentre dans ma bulle.

ET C’EST PARTI!

Eh boy. Les gens vont vite. Et ils me bloquent le chemin. J’essaie de me frayer une petite place, je dépasse sur l’accotement, dans le gravier. Au diable les règles de la route ! Mais une paix d’esprit, ça n’a pas de prix. Tranquillement, on prend tous notre rythme. J’oscille entre 4:50 et 5:05 du kilomètre. En plein ce que je veux. Les kilomètres défilent rapidement, c’est bon signe. Mes appréhensions du départ sont bien terrées dans ma tête, et je me dis que ce sera une superbe course. Le ciel est couvert, il y a une petite brise.

Merci à Samuel Trudel pour la photo

Bref, la température idéale.

… l’art de parler trop vite.

Premier aller-retour

Pour ceux qui ne connaissent pas le parcours du Marathon des Érables, le voici: c’est une belle boucle de 15 km, à laquelle les organisateurs ont rajouté non pas un, mais bien TROIS aller-retours à travers les magnifiquement interminables rangs ruraux afin d’offrir la distance du marathon.

Au 3e km, on tourne donc sur la première route. Tout roule. Mais le vent se fait plus fort, quoique toujours pas dérangeant. La vitesse est belle, les sensations sont bonnes, tout se déroule comme prévu.

2e aller-retour

Mmmm. J’ai envie moi. Et ça ne me tente pas de passer encore 30 km avec cette désagréable sensation. Ça tombe bien, les jolies toilettes chimiques m’attendent à bras ouverts! Soulagement.

Eh… Merde. Problème technique. Mon gel a explosé dans ma ceinture. Il y en a PARTOUT. Ma camisole est imbibée, mes shorts sont tout collés, ma cuisse droite aussi. Ça a coulé dans chaque petit recoin accessible. Super. Ma main droite a subi le même sort. Je jette le gel, je capote un peu pour ma stratégie de course, et je repars.

C’est extrêmement difficile de rester concentrée à ne penser à rien alors que j’ai les doigts qui collent ensemble et qui collent sur tout ce que je touche. Pas d’eau avec moi, évidemment. Parle-moi d’une bonne manière de commencer une course! Yé! Et la chanson Bang My Head qui joue à tue-tête dans mes oreilles… C’est exactement ce que j’aurais envie de faire!

Alors que j’amorce le demi-tour, j’aperçois Greg (mon copain) qui est à environ 200 mètres derrière moi. Il accélère et vient me rejoindre. Ça me fait de la compagnie à travers les champs qui défilent à perte de vue.

3e aller-retour (OUCH)

Ouch. C’est le cas de le dire. Difficile mentalement. Un looooong stretch bin drette qui ne finit plus de finir. C’est absolument interminable. 10 km de torture mentale. Le vent s’est levé aussi, ce qui n’aide définitivement pas. Un bon vent oblique qui est toujours dans les jambes. Pas moyen de l’avoir en avant ou en arrière et d’en profiter un moment. Il est juste là pour nous écoeurer. J’ai peur de m’envoler et que ma casquette se transforme en parachute.

Autre point: la route n’est pas fermée aux automobilistes. Le va-et-vient des véhicules est dérangeant. On court tous dans l’accotement ou presque pour ne pas être dans le chemin. Vraiment cool. Certains roulent assez rapidement, c’est parfois dangereux.

On a aussi la chance d’observer et de sentir la faune et la flore de Mont-Saint-Grégoire: les fermiers qui te soufflent leur belle boucane de cigarette au visage sur leurs tracteurs antiques, les émissions d’essence des vieilles bagnoles bien rouillées, les agréables effluves agricoles (un beau mélange de fumier et d’eau rancie orange) et les carcasses de grenouilles téméraires éventrées et séchées au soleil. MA-GNI-FI-QUE je vous dis.

La cassure.

32e kilomètre. Je le sentais venir. Ça m’a rentrée dedans. Durement en plus. Le fichu mur. Oh là là.

Il faut dire que ma nutrition est loin d’être à point. J’ai tellement mal au cœur depuis plusieurs kilomètres que j’ai eu peur d’ingérer quoi que ce soit par crainte de le régurgiter aussitôt. Ce que je veux, ce sont des ORANGES ET DU MELON D’EAU. Mais je n’en ai pas. Alors j’ingère de l’air. Comprendrez que l’air ne donne pas bien bien d’énergie, n’est-ce pas? En plus, on vient de rejoindre les coureurs des autres distances sur un autre beau chemin droit et interminable.

Je marche, je cours, je marche, je cours. Greg me dit: «Cours! Va le chercher, ton temps de qualif’. GO!» Je regarde ma montre. J’ai encore le temps. Mais maudit que ça ne me tente pas. J’irais me coucher en p’tite boule dans le fossé avec les quenouilles. Ouais.

Je me fais dépasser à plusieurs reprises par des coureurs du marathon qui me rattrapent. C’est dur pour l’orgueil. Je me dis que le plus important est de continuer d’avancer et que, éventuellement, ça ira mieux. Quelle bonne blague!

Le dernier segment

On tourne sur la dernière partie du parcours, là où il y a les érablières et les petites côtes dérangeantes.

40e kilomètre. «OK, là, tu cours jusqu’à la fin. Arrête de marcher, pis cours!»

Dans l’ultime montée, je ne m’écoute pas. Je marche encore. Puis, une main vient sur mon épaule. C’est Hélène, une lectrice du blogue qui me suit depuis mes tous premiers balbutiements et que j’ai servie la semaine dernière à la Maison de la Course. Elle court le demi. Je lis sur ses lèvres. «Lâche pas! C’est presque fini.»

Maudit. C’est vrai. 2 kilomètres, c’est 10 minutes. Enweille. Cours. Je la remercie et je pars.

Petite descente, virage à droite, et l’arrivée se dresse à moins de 1 km. La foule se fait plus dense et les coureurs qui ont déjà terminé encouragent à tout rompre. C’est beau. J’accélère. La sensation que j’aurais voulu retrouver 7 kilomètres plus tôt se manifeste enfin. Je flotte! J’ai les jambes lourdes, mais je flotte!

200 mètres. L’arche se dresse devant moi. Un dernier petit effort.

3h42. PB.

Je passe proche de m’écraser par terre. Une petite faiblesse. Tout est beau. Un bénévole me remet ma médaille.

Wow. Une course qui a débuté en feu avec des sensations incroyables. Malheureusement, le vent, le parcours et mon état gastrique ont fini par me rattraper et me ralentir un peu.

Malgré tout, je suis hyper contente du résultat final. Même si je n’ai pas réussi à me qualifier pour Boston, je sais que la marge à franchir n’est pas insurmontable et que j’en serai capable lors d’une future tentative.

Mais la chose dont je suis la plus fière est celle-ci: en franchissant l’arche en 3h42, j’ai réussi à abaisser mon temps d’environ 1h par rapport à mon premier marathon en septembre 2015. En moins de deux ans, j’ai ainsi retranché 60 minutes. ÇA, c’est une belle victoire!

La suite?

Maintenant, il est temps de me préparer pour mon prochain défi: mon premier ultramarathon en sentier au mont Orford le 17 juin prochain. Un beau 50K avec 3300 m de dénivelé positif. Ouch!

Bravo à tous les coureurs qui ont participé à ce bel événement, c’est loin d’être le plus facile! Merci aussi à tous ceux qui sont venus me jaser, je l’apprécie toujours énormément.

P.S.: Ma camisole, mon short et ma ceinture ont séché et le gel s’est évaporé, les laissant ainsi tout durs et croûtés. Très cool. Vraiment.
Laurianne Roberge pour Courir.org
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