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Jean-Claude rencontre Robert Delisle

Publié le 22 octobre 2014

Le dimanche 28 septembre, sur le pont Jacques-Cartier, je croise par hasard dans la foule de plus de 15 000 coureurs mon partenaire de course depuis l’été. Il a depuis un an la volonté de compléter un premier marathon sur cette distance mythique, et ce, malgré ses 70 ans. Ce que la force de la motivation peut faire… Quelle histoire fascinante.

Robert me fait part qu’il a un plan A qui est de poursuivre pour le marathon et qu’au pire, en plan B, il terminera sur le demi-marathon si l’énergie ou le genou qui le tiraille de temps à autre le préoccupe trop. Je lui dis que ça me semble une excellente approche étant bien au fait de sa situation.

Me préparant à le quitter, il me dit : « J’attends ma fille qui a déjà réussi un marathon et j’aurais aimé cela te la présenter. » En m’éloignant, je lui réponds que ça arrivera bien, un jour ou l’autre, et je me rends à mon « corral » tout en contemplant le décor superbe qui s’offrait à nous en marchant sur le pont en direction de Montréal.

L’ambiance est merveilleuse par ce temps radieux… avant le départ ! Puis, en continuant d’avancer dans cette marée humaine, je croise un ami de Jonquière et on se donne rendez-vous au marathon de Rimouski, le dimanche suivant.

Le départ arrive finalement et je prends conscience de l’effet de la chaleur instantanément. Je suis le lapin de 4 heures qui fait la conversation aisément avec les collègues s’étant fixés ce temps comme objectif. Comme souvent les premiers 10-15 km sont agréables à vivre et le corps a tout ce qu’il faut pour nous laisser croire qu’il en sera ainsi pour 42,195 km…

Ainsi, tout porte à croire que je vais poursuivre afin de réaliser mon propre plan A, soit de courir le marathon. Cependant, tout bascule après la montée que j’ai bien réalisée au 19e km sur Berri. Soudainement, je pense à mon ami rencontré sur le pont et à sa fille, Sarah.

Mon intuition me guide intensément quand je cours. Je n’ai pas de montre et je ne m’impose pas d’obligation de temps, surtout par une chaleur pareille, et ce, pour une deuxième fois en 5 semaines. Oui, à Québec en août, c’était l’enfer dans la « fournaise » sur le boulevard Champlain.

Alors, une pensée folle émerge en moi : « Si tu complétais d’abord le demi-marathon, tu aurais le temps de revenir sur le bord du parcours du marathon à la croisée des chemins entre la gauche pour le demi-marathon et la droite du parcours pour les gens qui poursuivent au marathon. Des fois que mon ami décide de tenter sa chance obstinément pour réaliser ce premier marathon si important pour lui… Un peu comme un cadeau pour faire honneur à ses 70 ans bien sonnés ! »

Dès que cette pensée se présente à mon esprit, c’est clair que j’allais risquer le tout pour le tout, soit compléter le demi-marathon à la ligne d’arrivée officielle puis revenir au point de jonction des deux courses.

Une fois franchie la ligne d’arrivée, je fais le grand tour pour sortir du site qui est parfaitement clôturé, et je reviens au coin de Rachel et La Fontaine, surveillant tous les coureurs, très nombreux, qui se dirigent vers la gauche et les « braves » qui s’attaquent au 21,1 km restants pour conclure le marathon.

Tout à coup, je vois Robert tournant le coin et, sereinement, il s’engage sur la droite comme prévu à son plan A. « Merveilleux, que je me dis. C’est un homme déterminé que ce Robert. On y va Jean-Claude. »

Je m’approche doucement de lui et le salue. Puis, comme si de rien n’était, on part ensemble pour une randonnée fascinante.

Robert est d’agréable compagnie et, à la lumière des quelques longues randonnées que nous avions réalisées ensemble, je savais qu’on ne s’ennuierait pas sur le reste du parcours. Nous partagions maintenant la même philosophie, à savoir « petit train va loin » !

« Robert, quelqu’un nous prend en photo là-bas, souris », que je lui dis. « Ah, c’est ma fille, Sarah. Je vais pouvoir te la présenter, enfin », rétorque-t-il.

Elle se joint à nous et c’est parti… comme si de rien n’était, elle m’explique comment elle a pu nous placer, Robert et moi, sur le même chemin cet été : le hasard d’un reportage sur Boston et une vidéo de La Presse (Tristan Péloquin) lors d’un entraînement de course à Claude-Robillard avec des membres du Club 50 +, âgés entre 50 et 80 ans.

Courir en jasant de choses inspirantes, voilà ce qui nous est arrivé dès ce premier contact. Robert et moi, riches de cette rencontre, avons fait le plein d’énergies et nous nous sommes rendu à Jarry, l’endroit le plus au nord de cette ligne d’arrivée si essentielle à franchir aujourd’hui.

Puis, au retour sur Christophe-Colomb, ce sont les quelques spectateurs présents qui ne cessent de nous encourager, nous les deux têtes grises. Et nous, de les remercier systématiquement. Et mon ami de dialoguer avec plusieurs, en prime.

Quelle belle fusion entre l’épreuve de courir et la générosité humaine de ces personnes sur le parcours qui ressentaient l’ampleur du défi à réaliser et nous souhaitaient sincèrement de le concrétiser.

Soulignons aussi ces jeunes bénévoles qui au 40e km étaient toujours au rendez-vous pour nous offrir gentiment de l’eau, même si elles (en majorité, sinon toutes des filles) auraient dû avoir terminé selon leur horaire initial. Et cette dame à moto qui nous a aussi donné de l’eau.

Oui, quelque chose de magique commence à se mettre en place grâce à cette édition 2014. Ça donne le goût d’y revenir l’an prochain.

Revenons à mon ami, Robert, qui a pu dialoguer à volonté avec sa fille à deux ou trois autres occasions. Quelle complicité : c’était beau à voir.

Mais, je ne cherchais pas à entendre et à me mêler à leurs moments de bonheurs intenses. Non, je cherchais plutôt à être un peu devant afin de guider mon ami vers la ligne… de la fin. Oui, à la manière des mentors avec les jeunes d’ÉDLC : les chandails rouges en équipe sur le parcours (etudiantsdanslacourse.org)

À partir du 37e km, c’était évident que Robert palpait la possibilité de compléter son premier marathon. Ce n’était plus qu’une question de pas et d’enjambées…

Comme on s’était pratiqué à courir ce dernier 5 km à l’entraînement, il ne manquait plus qu’à trouver le rythme de course pour tenir compte de notre énergie « ici, maintenant » tout en profitant en plus de la beauté du paysage sur Jeanne-D’Arc et St-Joseph.

Brébeuf…, là on maintient un rythme plus assuré. Je sens Robert se remplir d’une énergie nouvelle. La fin est proche. Rachel, « on ralentit un peu », que je lui suggère.

Puis, ça tourne à droite et Robert aperçoit la ligne d’arrivée… Vous auriez dû voir comment il avait fière allure dans son sprint final jusqu’à la ligne d’arrivée.

Félicitations Robert  ! Tu as énormément de mérite. Savoure amplement cette réussite et bonne chance pour ton prochain marathon. Tu sauras faire en moins de temps (5 h 57), j’en suis convaincu.

Ce fut un honneur pour moi de t’accompagner sur le chemin de ta réussite. De plus, je comprends que Sarah aura joué un rôle que tu apprécies grandement afin de t’accompagner jusqu’à ton but final.

C’est un superbe cadeau de la vie que d’avoir été complice chacun à notre façon de notre réussite respective.

Je me souviendrai toujours de ce moment toute en sérénité qui régnait en se retrouvant tous les trois, à l’ombre, pour conclure le tout, avant de se quitter chacun de notre côté.

Merci Robert et Sarah.

Jean-Claude Drapeau pour Courir.org
Courriel : jeanclaudedrapeau@yahoo.fr

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