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Routine Le 22 août, j’ai effectué mon retour à la compétition, pour les 3 petits miles de l’anniversaire du New Orleans Track Club, dans City Park. Le parc en question est maintenant pour moi un terrain familier et à vrai dire un peu ennuyant, malgré la beauté de ses vieux chênes et ses grandes étendues de verdure, plus agréable pour un pique-nique que pour une course à pied. Même vieux parc, même température du mois d’août : humidité extrême! Je traversai tout de même l’épreuve avec le sourire et sans trop de pression. Trouvant rapidement ma place dans le peloton, assez loin derrière les gazelles, je franchis la ligne d’arrivée devant deux de mes compétiteurs en état de fatigue extrême, chacun d’eux nécessitant l’assistance du personnel médical. Ce genre de choses a tendance à me rassurer quand je pense parfois que je devrais vraiment passer plus de temps à m’entraîner, au lieu de le passer à m’éparpiller dans d’autres projets et activités. Des fois, lorsque je prends du recul, je me rends compte que si je devais passer plus de temps sur la route (j’en passe déjà beaucoup), je sacrifierais toutes ces choses qui me rendent heureux. Je n’aurais pas le temps de savourer mon burger du vendredi après-midi (ou bien je me sentirais trop coupable), de sortir le samedi soir, d’aller voir un film, de faire de la peinture pour ma prochaine exposition, de faire un petit voyage pour prendre des photos, de prendre une marche le dimanche après-midi, avant la nouvelle semaine ou même d’appeler ma famille et mes amis à Montréal pour leur dire que je vais bien. Enfin, je n’aurais peut-être pas le temps de vous écrire, une fois par mois comme j’aime tant le faire depuis quelques années déjà. Ainsi, en ce beau samedi matin, je n’aurais peut-être pas autant apprécié les conversations d’après-course et je n’aurais peut-être pas aperçu, perdu dans la foule, le visage familier de cette amie que je n’avais pas croisée depuis quelques années déjà. J’aurais plutôt été occupé à planifier ma prochaine semaine d’entraînement ou à me creuser la tête pour trouver ce petit quelque chose qui me permettrait de mieux performer le weekend suivant. Au lieu de ça, je me suis amusé et ça a rendu ma journée encore plus belle de perdre mon temps à bavarder ainsi. En écrivant ces mots, je me rappelle une chanson de Michel Rivard qui disait quelque chose comme ça : On regrette en pleurant le temps qu’on a perdu, le fun qu’on aurait eu à le laisser passer… En fait, le temps perdu ce n’est pas le temps qu’on passe à ne rien faire, à moins qu’on ne fasse que ça : rien. Le temps perdu c’est le temps passé à se plaindre et à être déçu de nos performances ou des choix qu’on fait. Dernièrement je fais tant de choses qui me rendent heureux que je dois me rappeler à l’occasion que je suis productif et aussi que je travaille sur des projets à long terme qui nécessitent de procéder par étapes. J’ai tendance à me sentir coupable de ne pas en faire assez ou de ne pas progresser assez rapidement. J’ai peur de ne jamais rien finir. Je dois faire attention de ne pas manquer le plaisir du voyage juste pour arriver à destination à temps. J’arriverai quand je serai prêt et sans négliger ma santé ou le reste de ma vie. Je termine cette page le matin de mon anniversaire, au travail, avec la quasi-certitude que je ne serai pas à l’entraînement ce soir mais plutôt quelque part en ville à célébrer mes 38 ans et si je me retrouve sur la route, vous pouvez être sûrs que je ferai de cette sortie une célébration, pour me rappeler que je suis venu de bien loin pour trouver mon petit bonheur et qu’il ne tient pas qu’à la course. Richard Strasbourg pour Courir.org
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