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Marathon, prise 2 L’entraînement s’était bien passé, physiquement et psychologiquement. J’avais tout le support moral que je pouvais espérer, en préparation et pour le jour de la course. Ma stratégie semblait sans faille et même la météo avait décidé de coopérer, ici dans le sud. Avec des objectifs réalistes et des rêves auxquels j‘essayais de ne pas trop penser, je me lançai donc joyeusement à la conquête de ces vingt-six miles de route. En agréable compagnie par-dessus le marché, comme si j’avais besoin d’une autre raison pour avoir confiance. Doucement porté par la musique et hypnotisé par le mouvement des participants, je me faufilai sans trop de mal à travers les premiers treize miles, perdant de vue la compagnie qui m’avait amené à mi-chemin de cette importante première étape, sans toutefois perdre une once de la confiance qui m‘animait. Entre le départ et la première moitié de l’épreuve, je reconnu plusieurs visages et échangeai même quelques mots d’encouragement avec les habitués. La suite du parcours devait s’avérer graduellement plus ardue. Pas de surprise jusque là. Le nombre de compétiteurs ayant diminué considérablement, je constatai aussi que les visages familiers étaient beaucoup plus rares. Arrivé au point où j’avais frappé le mur à ma première tentative en 2004, je me sentais encore assez bien pour poursuivre mon aventure. Je commençai soudainement à avoir des objectifs à court terme. Je devais d’abord sortir du parc Audubon, arrêter de tourner en rond et perdre cette désagréable impression d’aller nulle part. Après quelques miles supplémentaires, alors que même la musique, distante, ne parvenait pas à me faire oublier la douleur de plus en plus intense, je décidai de marcher un peu avant de recommencer à courir. Je me concentrai enfin sur cette image: mes amis attendant patiemment mon arrivée, à quelques miles de là. Je me voyais déjà franchir les derniers mètres me préparant à leurs bras ouverts et à leurs sourires accueillants. Une fois passé le divin fil d’arrivée, je reçu l’accueil auquel je m’attendais et davantage. Là, les liens créés par le partage de nombreuses courses et autres épreuves étaient plus forts et évidents que jamais. Je réalisai à quel point mes amis avaient contribué à rendre cette expérience supportable, malgré l’intense douleur physique contre laquelle personne ne pouvait rien. Avec mes objectifs manqués de peu, je compris alors que j’étais allé au-delà de ce que je suis capable de supporter avant de perdre le pur plaisir de courir. Dès ce moment j’ai répété à qui voulait l’entendre que c’était mon dernier marathon, comme je l’avais fait trois ans plutôt. La vérité, c’est que je ne sais pas si je vivrai cette folle aventure une fois ou cent fois de plus comme certains de mes collaborateurs de Courir à Montréal, auxquels je lève ma casquette en signe de respect pour leurs exploits. Vous êtes l’inspiration pour les jeunes mangeurs d’asphalte comme moi. Ayant déjà côtoyé plusieurs générations de coureurs, j’apprends aujourd’hui à mesurer l’ampleur du travail que j’ai accompli mais aussi à respecter celui de coureurs plus expérimentés et plus solides que moi. Dans ce sens, je suis satisfait de ma performance, de toute cette expérience parce qu’elle m’a rapproché de mes amis et m’a permis de voir les choses avec d’autres yeux. Aujourd’hui je suis davantage reconnaissant pour toutes les belles et grandes choses que j’ai trouvées sur la route. Richard Strasbourg Collaborateur spécial pour Courir à Montréal Note : si vous avez des questions ou des commentaires, n’hésitez pas à m’écrire à crrroco@aol.com
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