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Trois petits tours... Le matin de Noël, alors que j’étais en vacances à Montréal, je décidai d’aller me dégourdir les jambes dans l’est de la ville où j’habitais pour la période des fêtes. Après une série de côtes, je me retrouvai finalement aux alentours du parc Maisonneuve. J’eu ensuite l’idée de traverser la rue pour voir si la piste du parc olympique était encore ouverte, supposant que si c’était le cas, elle ne serait probablement plus là de toute façon à mon retour, l’été suivant. Trois petits tours et puis je rentre, pensais-je, alors que je me rapprochais de nos belles installations olympiques, bravant les rigueurs de l'hiver montréalais (ben oui!). En montant la pente vers le circuit ovale, je constatai avec satisfaction que la barrière était bel et bien ouverte. Arrivé au sommet, je remarquai même un autre coureur, de l’autre côté de la piste. Au premier tour, je remarquai l’état pitoyable du terrain de soccer au centre de la piste. Intéressant, pensais-je, que la première chose à souffrir de ce vent de changement soit le terrain de soccer, vraiment mal en point. Alors que je songeais à ce que représente trente années de succès et d’échecs, de sang et de sueur, de rêves et de cauchemars, je constatai que la piste avait déjà souffert depuis ma dernière visite en juillet. Quelques entailles dans notre beau rêve olympique, impossible à manquer, alors que je repensais à mon été avec les Vainqueurs, à l’entraînement. J’imaginai le nombre de rencontres qui s’étaient faites ici depuis 1976, entre athlètes de tous niveaux et autres amateurs de mon espèce. Je me demandai combien de vies avaient en fait pu être affectées de façon positive par ces quelques 400 mètres de piste. Au moment de faire mon dernier tour, je pensai aux nombreux rêves qui avaient commencés ici et aussi à ceux qui y avaient pris fin. Enfin, alors que je quittais la piste, j’essayai de ne pas trop penser à la suite des événements concernant l’avenir des installations olympiques et aussi celui de l’athlétisme québécois. Revenu en Louisiane, je viens tout juste de visionner le film Without limits sur la vie de Steve Préfontaine, un célèbre coureur américain des années 70. Fait intéressant, l'impact de l'athlète dont la carrière fut abruptement écourtée par un accident de voiture (alors qu'il était à l’entraînement pour les Jeux Olympiques de Montréal) fut tel que les endroits où il accomplit ses exploits, dont de nombreux records américains et mondiaux, sont maintenant de véritables lieux de pèlerinage. Entre autres lieux, le Hayward Field, en Oregon. Pour ma part, j'aime à penser que le vrai coureur en chacun de nous ne se soucie que très peu du lieu où il coure mais préfère plutôt se concentrer sur le comment et le pourquoi. En ce sens, rien n'empêche le coureur de courir. L'argent, la politique, les affaires, les nids de poules, les petits et les grands conflits. Tout ça, quand on y réfléchit, c'est le jeu qui se joue en bordure de la piste, chez les spectateurs. Pure distraction en marge de la grande course, le vrai défi: la vie et la quête de ces moments d'intense satisfaction personnelle. Richard Strasbourg Collaborateur spécial pour Courir à Montréal Note : si vous avez des questions ou des commentaires, n’hésitez pas à m’écrire à rstrasbourg@hotmail.com
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