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Action de Grâce En novembre, alors que je profitais d'une semaine de congé bien méritée, je décidai d'aller user mes souliers sur les routes de la Nouvelle-Orléans, du Mississipi et de Bâton Rouge : le début d'une sorte de marathon de demi-marathons en fin de compte. Le premier volet de cet excitant programme se nommait Ole Man River : une longue et solitaire ballade sur la levée longeant le Mississipi et quelques quartiers résidentiels sans éclat. J'y avais déjà mis les pieds à plusieurs reprises, dans toutes sortes de conditions et avec toutes sortes de monde. Toutefois, cette année, les visages familiers étaient beaucoup plus nombreux et étrangement bien alignés sur le parcours que j'avais abordé de façon assez prudente à cause des vents forts et des nombreux participants. Très tôt, je me trouvai dans une situation où je poursuivais toujours une tête connue, une démarche particulière ou un acoutrement qui sortait un peu de l'ordinaire mais invariablement familiers. Porté par la musique et le niveau progressivement plus élevé des coureurs que je rattrapais alors que je me rapprochais du fil d'arrivée, je terminai la course à un rythme endiablé pour enregistrer mon meilleur temps pour cette distance.C'était une de ces courses complétées avec la conviction de pouvoir continuer à courir, que rien n'aurait pu m'arrêter, même si j'y avais donné tout ce que j'avais. Le week-end suivant, je me dirigeai vers le Gulf Coast Marathon sur le site d'un centre de recherche de la NASA à la frontière de la Louisiane et du Misssissipi. Là aussi, je me trouvai sur un parcours familier et difficile mais presque sans visages familiers cette fois. Il faut comprendre que courir au Centre Spatial Stennis c'est un peu comme courir sur un aréoport, bordé de quelques édifices et de nombreux acres de forêt, rien là pour exciter les sens, sauf peut-être une question qui me revenait constamment : que se passerait-il si je déviais du parcours? Considérant qu'il s'agissait d'une zone militaire, la question générait dans ma tête toutes sortes de scénarios, tous plus conspirationistes les uns que les autres! Rapidement, les miles se mirent à défiler, mon enthousiasme grandit à mesure que la température montait et que la perspective d'une performançe encore meilleure que celle du week-end précédent se matérialisait dans mon esprit. À un mile de la ligne d'arrivée, je gravis une série de petites collines avec un seul adversaire en vue mais pas assez de temps ou de route pour le rattraper. Je terminai quand même l'épreuve avec un grand sourire satisfait, heureux comme je ne l'avais jamais été auparavant de m'être dépassé mais aussi avec quelque chose de plus : une réelle apréciation de la vie, de la chance que j'avais de me trouver là, en grande forme et entouré de ce que la nature et l'humanité avaient de mieux à offrir. La dernière étape de cette trilogie, une semaine après l'Action de Grâce, c'était le Beach Marathon de Bâton Rouge. Là encore, je participais au demi-marathon mais pour la première fois depuis longtemps, j'étais seul dans mon véhicule pour couvrir les quelques 190 km qui me séparaient du départ de cette toute nouvelle aventure. Il faisait froid ce matin-là et comme à mon habitude lorsque je fais cavalier seul, je ne manquai pas de me perdre en chemin pour me retrouver et finalement être à l'heure avec les autres junkies d'asphalte présents pour l'événement. Dès le départ, je me trouvai surpris par le parcours tout en pente de cette déliçieuse épreuve que j'entrepris avec un peu trop d'enthousiasme mais aussi un intérêt particulier pour ce nouveau paysage. Entre le lac, le campus de l'université (GO LSU!), les quartiers aisés et leur végétation abondante j'avais enfin autre chose que la musique et les belles femmes pour m'inspirer. À quelques reprises, tout cela ressembla même aux paysages du Lac Brôme que j'ai péniblement arpentés pendant mes vacançes au Québec l'été dernier. Ce qui me conduisit directement, en rêves, à mon retour à la maison pour les vacançes de Noël. Je repensai à l'été, à mes partenaires d'entraînement et Montréal que je n'ai pas vu sous la neige depuis trois ans déjà. Enfin, je ne peux pas dire que je me suis ennuyé de l'hiver pendant toutes ces années mais je pensais à vous et à ma famille là, sur les collines de Bâton Rouge en traversant le fil d'arrivée dans un temps plus que satisfaisant. Tout ça pour dire que, peu après la fin de semaine qui approche (courses de 5km et 25km), je quitterai ma Louisiane pour revenir chez-moi, heureux d'avoir fait tout ce chemin parce que si les choses devaient changer demain, dans une semaine ou dans un mois, je garderais longtemps en mémoire ces déliçieux (et parfois pénibles aussi!) moments partagés avec vous, coureurs, coureuses de toutes sortes et de partout dans le monde. Joyeuses Fêtes et bonne route! Richard Strasbourg Collaborateur spécial pour Courir à Montréal Note : si vous avez des questions ou des commentaires, n’hésitez pas à m’écrire à rstrasbourg@hotmail.com
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