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La vie nous semble éternelle, mais il n'en est rien. Les secondes s'égrainent, se cristallisent en heures pour se transformer en années et la plupart d'entre nous accomplissent qu'une infime partie de leur potentiel. J'ai décidé que j'allais utiliser ce précieux temps et le faire converger vers un objectif ultime : réaliser ma première course à vie, mon premier marathon et de le faire sous les 3 heures, malgré mes 22 ans. La tâche est ardue, puisque le compte à rebours n'est que de 4 mois. Malgré mon potentiel et ma forme physique, le défi est de taille et c'est dans des moments tels que ceux-ci que l'on réalise que peu de gens croient réellement en nous. Du sarcasme des bons amis au déni du coureur expérimenté, les encouragements ont été pour moi ce que les cours d'eau sont pour le désert, une véritable pénurie. Ma plus grande qualité est d'être positif et de croire que toute chose peut s'avérer possible tant que l'on y croit vraiment. C'est une qualité que j'ai toujours eue mais les prochains mois allaient lever le voile sur une qualité inestimable. Les kilomètres s'enchaînaient, les paysages magnifiques et les sourires des coureurs alimentaient ma détermination. Je découvrais un merveilleux monde que celui de la course. Entre coureurs, des inconnus se saluent et donnent l'impression qu'une amitié universelle anime les hommes, peut importe leur sexe, leur culture ou leur langue. Ce périple m'aura alors permis de retrouver mes idéaux perdus au fil du temps. Chaque pas me rendait plus près de mon objectif et j'y ai cru du début à la fin. Le jour tant convoité finit par arriver alors que près de 20 000 coureurs sont tous près à se surpasser selon leur aptitude respective à l'édition 2006 du marathon de Montréal. L'élite mène le peloton et j'ai l'audace de me placer derrière eux sur la ligne de départ. J'ai alors fait tout ce qu'un coach m'aurait interdit de faire : suivre le peloton de tête pendant près de 30 minutes, entrer en contact avec la foule, vitesse non constante, etc. Je termine donc mon premier 21 KM en 1h18 et je maintiens la cadence jusqu'au 32 e KM pour réaliser que ces coureurs avaient finalement raison à propos de ce qu'on appelle le mur... chaque kilomètre laissait s'égrainer de précieuses secondes et mes jambes commençaient à m'abandonner progressivement. J'approchais du stade (4 ou 5 KM) et un spectateur me confirmait que j'étais dans le top 10. Je savais que ça n'allait peut être pas durer. C'est alors que j'ai vécu une souffrance jusqu'ici jamais vécue. Mes jambes m'ont complètement abandonnées, mon ischio-jambier droit avait dès lors décidé de faire la grève. L'émotion et la rage étant alors à leur comble. Selon toute vraisemblance, je n'étais pas invincible! Mon plus proche rival était à une éternité, mais je ne pouvais plus marcher, ramper ou quoi que ce soit. Un cycliste m'aura alors abreuvé... Merci infiniment !!! Je pus me redresser au bout de quelques minutes. Au moins 40 coureurs plus sages m'avaient désormais dépassé. Je trottinais pour progressivement regagner ma vitesse de début de course. Je rattrapais les audacieux qui m'avaient dépassé pour constater que je n'étais pas le seul à souffrir. J'ai alors sprinté comme si je n'avais pas encore couru pour finir sous les projecteurs acclamés par une foule qui enfin croyait en moi et m'acclamait. Bonheur absolu ! 23 e place à mon premier marathon avec un temps de 2H56:12, moment que j'allais savourer pour encore plusieurs heures. La beauté de la chose est que je sais qu'en recommençant la même course dans 2 semaines, je ferais mieux d'au moins 10 ou 15 minutes. Je ne sais pas où la vie me mènera, mais je sais que je m'y rendrais en courant et qu'un jour c'est moi qui vais déchirer cette fragile banderole que seule le gagnant a l'honneur de déchirer! Jean-Sébastien Racine pour Courir.org
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