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UNE TRANSITION DIFFICILE Nous sommes à la fin novembre et, pour moi, il est temps de faire le bilan de l’année 2011. Plusieurs événements mériteraient de porter le titre de coup de coeur de l’année. Que je pense au Marathon d’Ottawa, pourtant bien préparé et couru sous des conditions disons favorables, ou à mon premier ultra qui en fait n’en fut pas un, mais se révéla ma première vraie course en sentier, à Huntsville, Ontario, ou même et surtout au Marathon de Montréal, couronnement d’une année passée avec Étudiants dans la course. Pourtant non... Curieusement, ces moments ont pavé une longue marque d’incertitudes et de questionnements. Lorsque j’ai adopté la course à pied comme mode de vie, je le dis sans ambages, puisqu’elle fait partie de moi depuis quelques décennies, j’ai rarement eu ce sentiment trouble face à sa pratique. Au début de la trentaine et jusque dans la quarantaine, j’ai coursé avec abandon sur des distances de 5, 10 et 20 km et même des marathons. Mes résultats me montraient des chiffres que je n’osais accepter par rapport au courant général de l’époque. Pourtant, dans les 5 et 10 km, mes temps reflétaient une bonne valeur de coureur régional et, à vrai dire, j’en étais assez fier, particulièrement de mon 17 m 15 s au 5 km. Le hic cependant, je le lisais sur le regard et l’attitude de monsieur et madame tout-le-monde. C’est bien beau ça, mais le défi ultime, le Saint Graal du coureur, c’est le marathon. Et j’ai suivi la tendance, avec des résultats quelque peu mitigés. Ce que je ne savais pas à l’époque et que je commence à peine à assimiler, c’est que pour performer au même niveau et atteindre le même degré de compétition au marathon, il m’aurait fallu y consacrer beaucoup plus de kilomètres et de temps que ce que j’y ai consenti. Comment expliquer à quelqu’un, même aujourd’hui, peut-être particulièrement aujourd’hui, qu’un 5 km en 17 minutes est beaucoup plus difficile qu’un marathon en 3 h 30. J’accepte que le marathon occupe maintenant le premier rang dans la faveur du public. On peut facilement comprendre l’intérêt de se fixer et d’atteindre un objectif à la fois exigeant et ambitieux. Car pour courir un marathon, on doit consentir à s’y préparer longuement et à plonger, le cas échéant, dans nos derniers retranchements d’énergie et de volonté pour franchir la ligne d’arrivée. Depuis quelques années même, on se lance plus comme défi de courir plusieurs marathons dans la même saison que de vouloir améliorer un record personnel, au bout peut-être de deux ans de préparation. L’approche et la portée de l’épreuve prend une nouvelle tournure, un nouvel éclairage. Courir un marathon, c’est bon; en courir deux, c’est mieux. Si l’on s’affirme par le fait qu’on court longtemps, alors on peut courir plusieurs marathons dans un temps respectable (du moins pour nous et nos amis), lors d’une même saison. De façon presqu’imperceptible, je viens d’éluder l’approche vitesse, pour l’approche volume. Mais la question qui me titille le ciboulot, c’est POURQUOI? Le marathon pris dans la formule course nous mène à des extrêmes, et nous nous préparons rarement à l’affronter comme une vraie course. Certains athlètes attendent des années avant de s’y frotter. Alors, pour compenser, puisque nous tenons le marathon en si haute estime, nous progressons en se valorisant sur la distance qu’on peut parcourir, plutôt que sur la vitesse qui, elle, revêt moins d’importance. On finit par croire que progresser dans la course à pied signifie courir plus loin et plus longtemps. On en arrive alors à négliger de travailler la bonne forme, la puissance et, par le fait même, on s’expose aux blessures et usures de tous genres, par manque quoi, de variété, quoi, d’intensité, quoi, de développement complet du coureur. Lorsqu’on devrait pousser sur une série de 200 m, on est trop fatigué ou tendu d’avoir misé sur les kilomètres au détriment des entraînements de qualité. On refuse systématiquement de réduire notre kilométrage hebdomadaire. Nos foulées s’en retrouvent inefficaces. Plus, on investit un temps énorme à la fois sur notre physique et sur nos émotions, lorsque l’on s’inscrit à un marathon. L’issue plane dans notre tête tout au long de la préparation. Nous devons tenir compte du temps de récupération, lequel peut nous tenir morose jusqu’à un mois après l’événement, ceci sans compter les semaines d’affûtage avant la course. Nous pouvons comprendre qu’avec deux ou trois marathons par année, les objectifs de vitesse et d’effervescence, connus jadis dans la folle chevauchée d’un 5 km à fond la caisse, sont non seulement sont loin derrière, mais pire, qu’ils nécessitent maintenant une grande remise à neuf. C’est bien là où j’en suis, à cette remise à neuf. Bien sûr, le marathon offre beaucoup. Expos, t-shirts, médailles à l’arrivée et cetera. Heureusement, plusieurs courses plus courtes offrent maintenant les mêmes joliesses. En a-t-on besoin toutefois? La satisfaction que procure la ligne d’arrivée du marathon trouve son écho dans tout le temps dévolu à sa préparation et toute la communauté des coureurs reconnaît ce fait. Pourtant, mes souvenirs de performance au 5 km en particulier, sans négliger un 20 km presque d’anthologie, me satisfont tout autant, sinon plus que mes marathons. Ce qui me manque au marathon, et je le comprends très bien maintenant, c’est cette poussée compétitive, cette hargne à tout donner, à sentir la machine pousser au-delà d’une vitesse de croisière, cette volonté de courser plutôt que de courir. Au fond, ce sont ces sensations que je veux retrouver, quitte à sortir du champ privilégié de l’aura du marathon. Alors, mon coup de coeur de l’année 2011 sera en fait un coup de barre vers l’aspect compétitif, le goût de me colletailler avec les chronos, les coureurs, la puissance, la vitesse, bien sûr avec les aléas des années ajoutées, mais qu’importe, c’est de passion dont on parle ici. Cette transition, si difficile soit-elle, sera mon objectif pour l’année 2012. Yves Daigneault pour Courir.org
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