Depuis l’automne dernier, je suis inscrit pour le marathon de Mississauga en Ontario, qui doit avoir lieu le 13 mai 2007. J’ai compté les semaines dans l’attente de cet événement. Nous nous sommes donnés rendez-vous, Éric Fortin, Todd Stride et moi-même pour courir ce marathon, tous étant les conjoints de cousines d’une même famille. Le plan consiste à ce qu’Éric et moi partions de Québec le soir du vendredi 11 mai et que Todd venais nous rejoigne le samedi en partant de Terrebonne.
Bref, le vendredi 11 mai dernier, nous partions donc de Québec pour Mississauga à 21h30. Nous échangions le volant à tour de rôle. Sur la route 401, je dormais paisiblement à l’intérieur de mon Pontiac Montana alors qu’Éric nous menait en direction de Toronto. Soudainement et brutalement, je me suis senti projeté vers l’avant avec une immense force, un bruit de métal qui se tortille, des vitres qui volent en éclats et des pneus qui crissent sur l’asphalte. Ma première réaction à la suite de ce réveil brutal fut de prier très fort jusqu’à l’arrêt complet du véhicule. Croyez-moi sur parole, j’ai eu le temps de réciter plusieurs prières en ce court laps de temps.
Qu’est-ce qui se passe? Qu’est-ce qui se passe? Qu’est-ce qui se passe?….Qu’est-ce qui se passe? Je m’écriais à Éric qui était encore abasourdi par cet impact et qui avait reçu le sac gonflable en pleine poitrine. Une voix s’est fait entendre de l’extérieur du véhicule… ‘’Sortez, sortez, vous êtes en danger dans cette position.’’ Nous étions dans le champs à l’extérieur de l’autoroute et je voyais un véhicule accidenté dans le milieu de l’autoroute parmi une multitude de débris. Le samaritain nous a informés qu’une femme qui conduisait une petite voiture noire venait de faire un accident et s’était retrouvée face au trafic dans la voie de gauche de l’autoroute avec toutes les lumières éteintes. Éric en voyant la voiture du secouriste qui était stationnée dans l’accotement de la voie de droite a pris la voie de gauche pour la contourner mais n’a vu la voiture accidentée qu’à la dernière minute. Il a donné un gros coup de volant à droite mais trop tard, la collision était inévitable. Par chance, le secouriste venait à peine de sortir la femme du véhicule. Celui-ci a alors pris les choses en main, s’occupant de nous et de la police en donnant sa version des faits. Il m’a dit son nom mais encore sous le choc, je l’ai oublié. Par contre, ce Québécois est le seul à s’être arrêté afin de nous porter secours et je le remercie infiniment. Il a tout mon respect et ma gratitude.
Me retrouvant avec Éric en direction du restaurant Tim Horton de Belleville en Ontario, reconduits par la remorqueuse, nous nous sentions loin de la maison et sans ressource. Arrivés sur place pendant que mon véhicule ‘perte totale’ s’éloignait au loin avec la remorqueuse, j’ai téléphoné à ma conjointe pour lui dire que j’étais encore en vie malgré un grave accident. Éric et moi discutons ensuite pour décider que faire, lui ayant mal au cou et moi, au genou gauche et souffrant d’une contusion au tibia gauche. Nous avons réussi à rejoindre Todd qui n’était pas encore parti du Québec pour lui expliquer la situation. Nous lui avons donné rendez-vous au restaurant Tim Horton pour qu’il vienne nous y chercher et qu’il nous amène avec lui à Mississauga afin que l’on poursuive notre chemin. Pendant huit interminables heures, nous avons attendu. Café, beignes, soupes, bagels….en réalisant lentement la chance que nous avions d’être encore de ce monde. ‘’YES SIR!’’ de m’exclamer dans le restaurant en voyant Todd dans le stationnement. Clients et employés me regardaient d’un air bizarre.
Notre premier arrêt à Mississauga fut l’exposition du marathon. La température était magnifique et on annonçait la même chose pour le lendemain. On nous a remis nos dossards. On m’avait attribué le numéro 794 et mon prénom était inscrit sous le numéro. Nous avons reçu un magnifique chandail ainsi que la trousse du coureur. C’était un très beau salon et il y avait même un kiosque du Marathon des Deux-Rives (Lévis-Québec qui fut mon premier marathon à vie). J’ai rencontré un médecin sportif qui a examiné mon genou et m’a donné des consignes afin d’éventuellement être en mesure de prendre le départ le lendemain. Il faut dire que j’avais des difficultés à plier le genou. Glace, ‘’Advil’’ et exercices étaient prévus pour le reste de la journée.
Nous nous sommes ensuite dirigés vers notre hôtel où avait lieu le souper aux pâtes organisé par le marathon de Mississauga. Douche, glace, exercices, ‘’Advil’’, et c’était déjà le temps de se diriger avec Éric et Todd pour le souper. En entrant dans la salle, nous nous sommes arrêtés à la première table à notre droite où déjà quatre personnes étaient installées. J’ai reconnu deux de ces personnes, celles-ci se retrouvant souvent sur le site ‘’Courir.org’’. Il s’agissait de Nathalie Goyer, gagnante de l’édition précédente à Mississauga et de Terry Gehl, 2ième en 2006. Il y avait aussi Pierre-Luc Goulet et Alain Bruneau. Se sont ajoutés à nous Darl Sutherland, gagnant de l’édition précédente ainsi que Daniel Lequin et Carole Larouche, un couple charmant de Sorel-Tracy. Ce fut un repas magnifique. Nous avons raconté notre histoire du matin, échangé sur la course et épié le contenu des assiettes des champions afin de les imiter en espérant améliorer nos résultats. Une journée est drôlement faite : le matin, on frôle la mort dans un grave accident de voiture et au souper, on partage un repas avec les élites du marathon.
À la suite d’une bonne nuit de sommeil, mon genou était moins douloureux, j’ai donc décidé de foncer et de prendre le départ avec tout le monde. Nous étions 5166 participants sur la ligne de départ dont 1428 pour le marathon et le reste pour le demi-marathon. J’ai pris un départ lent pour m’assurer de bien me réchauffer jusqu’au quatrième kilomètre et ensuite, j’ai accélèré pour prendre ma vitesse de croisière. Mon genou tenait le coup mais une crampe s’est installée graduellement au mollet gauche à partir du 10ième kilomètre. Le parcours était très beau en descente et les bénévoles étaient bien préparés pour les ravitaillements et pour encourager les participants. J’entendais souvent « Let’s go Dian-Frwancwé » C’était très drôle et très encourageant. Je suis passé au demi en 1 :41 :15, record personnel sur cette distance, et en 2 :00 :56 au 25ième km. J’ai ensuite longé le lac Ontario qui offre une vue magnifique sur la ville de Toronto et la tour du CN. Les conditions étaient idéales et le parcours était parfait. À partir du 30ième km, j’ai senti ma jambe gauche douloureuse et j’ai décidé de ne pas forcer la note, j’ai ralenti et j’ai marché dans les montées mais j’ai conservé le sourire jusqu’à la fin. J’ai terminé le marathon en 3 :35 :09 soit une amélioration de plus de 13 minutes sur mon meilleur temps, réalisé à Rimouski l’an dernier.
Éric m’a suivi lui qui était à son premier marathon à vie et a terminé en 3 :35 :59. Daniel Lequin nous a rejoint peu après et ça été la fête avec le sentiment du devoir accompli. Carole a pris une photo de nous tous souriants. Todd a franchi le fil d’arrivée en améliorant la marque de son dernier marathon. De l’eau et des fruits et nous nous sommes dirigés vers les autobus qui nous ramenaient à l’hôtel. Nous avons ensuite aperçu Nathalie Goyer, gagnante de nouveau cette année avec un record de parcours, Terry Gehl, deuxième de nouveau cette année et Pierre-Luc Goulet, sixième sur marathon. Nous étions heureux pour leur magnifique performance alors qu’eux étaient heureux pour nous étant donné les événements de la veille. Nous sommes retournés ensemble vers l’hôtel. Nous leur expliquions que Todd devait nous reconduire à Montréal mais qu’il devait faire un détour de trois heures car il demeure à Gatineau.
C’est alors que Terry nous a fait penser que Daniel Lequin et Carole Larouche retournaient au Québec dans la journée et qu’ils passaient par Montréal. Terry et Nathalie se sont occupé de rejoindre Daniel et Carole pour vérifier s’il y avait de la place pour Éric et moi pour le retour. Ils ont passé une vingtaine de minutes dans le lobby de l’hôtel pour les rejoindre. Une fois rejoints, Daniel et Carole ont accepté sans aucune hésitation de nous reconduire à Montréal au terminus d’autobus pour que nous puissions revenir à Québec. Tout ces gens ont été d’une telle gentillesse avec nous, je ne peux que garder un excellent souvenir de cette fin de semaine malgré l’accident de voiture.
Je tiens à offrir un merci particulier à Todd Stride, Daniel Lequin, Carole Larouche, Nathalie Goyer et Terry Gehl pour les services que vous nous avez rendus, à Éric et à moi, ce fut très apprécié. Merci également à mon épouse Julie Demers, mes enfants Aurélie, Émile et Laura pour leur participation dans la préparation de cet événement qu’est le marathon.