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Cela fait maintenant cinq mois que je vis à Tallinn, la capitale de l'Estonie, un pays qui célébrait le 21 août dernier le retour de son indépendance qu'elle avait perdu aux mains des troupes soviétiques durant la seconde guerre mondiale. D'ailleurs, le pays change à vue d'œil et ce n'est qu'un début car le 1er mai 2004, elle fera officiellement partie de l'Union Européenne. Déménager ici n'a pas été chose facile. Pour cela, il a fallu changer quelque peu mes habitudes de vie. Ma saison de course sur route, qui avait si bien débuté au Québec, s'est continuée en Estonie et sûrement qu'en 2004, j'irai en Suède ou en Finlande faire quelques courses. Mais en attendant, j'aimerais vous parler d'une compétition un peu particulière qui a clos ma saison de course sur route. Parmi les quelques compétitions auxquelles j'ai participé, celle qui se nomme Kolme Päeva Jooks a retenu le plus mon attention.
Contrairement au Québec, on retrouve ici beaucoup de « courses de traditions », c'est-à-dire des courses qui en sont à leur 20e ou 30e édition, des courses d'une ville à l'autre ou des courses autour d'un lac, ce qui fait que les distances sont plus souvent des 12.8 Km ou 9.4 km que des 5, 10 km ou demi-marathon. Il y en a bien quelques distances classiques, mais elles ne sont pas nombreuses. Lorsqu'on n'est pas habitué, il devient un peu difficile de répartir ses efforts sur une course qui fait 13.8 km par exemple. Le Kolme Päeva Jooks est un événement qui est organisé par Tõnu Vaher, un coureur propriétaire d'une agence de voyage qui, en plus d'être l'organisateur en chef, trouve le temps de participer aux trois courses. Chaque année, un autobus attend à Tallinn les coureurs inscrits à cette course pour les emmener à Kuuresaare, sur l'île de Saaremaa, et pour ceux qui le désirent, des chambres d'hôtels leur sont également réservées. Deux heures après notre arrivée, c'est déjà le départ de la première course, un 10 kilomètres. Sur papier, le parcours semble facile, mais la réalité est tout autre. Il fait soleil, mais seulement zéro Celsius. Les premiers 2.5 Km sont sur asphalte, mais du 2.5 au 4e km, le parcours continue sur un chemin de terre battue au sol inégal pour ensuite continuer du 4e jusqu'au 7.5 km dans un champs sur un chemin tracé par un tracteur. Le gazon est mouillé, il y a des flaques d'eau ici et là et c'est glissant. Finalement, on revient sur l'asphalte pour le dernier quart de la course. Vous aurez deviné que ce n'est pas un parcours si rapide. Comment aborder cette course lorsqu'on sait qu'il y en aura deux autres plus longues à courir dans les deux prochaines journées ? Cela dépend de chacun. Mais personellement, j'ai vérifié la météo pour la fin de semaine et le type de parcours qu'on aurait. Il m'est apparu que la 2e course serait la plus difficile en raison des mauvaises conditions qu'on annonçait pour samedi et du type de terrain sur lequel on allait courir. Donc j'ai forcé sur la première course de 10 km sans toutefois me défoncer, c'est-à-dire que je n'ai pas cherché à aller plus vite dans le dernier quart de la course. Ce fût une bonne stratégie. Je terminais en 38 minutes et après la première journée, je me retrouvais au 6e rang chez les vétérans tout catégorie avec 55 secondes de retard sur la 3e position et chez les 40-44 ans, j'étais classée au 3e rang avec une avance de 10 secondes et un retard de 28 secondes sur le 2e. La course de samedi s'annonçait comme la plus difficile et je ne me suis pas trompé. On nous emmène en autobus à 55 kilomètres de Kuuresaare. Le départ est près de la mer, par une température froide et des vents de 50 km/heure. C'est une course d'un point à l'autre, dont 14 km sur 16.2 sont en terre battue, qui se termine dans un petit village de pêcheurs. C'est la course où je devrai donner mon maximum car c'est là que vont se jouer les changements de positions. Le signal du départ est donné et comble de malheur, un vent de face pour les cinq premiers kilomètres m'empêche d'aller plus vite que 4'05/km. Ensuite, la grêle se met à tomber pour ensuite se changer en neige. La route devient glissante jusqu'au 10 ou 11e km lorsque la neige cessera de tomber. Mais heureusement, le chemin prend une autre direction, ce qui nous permet d'avoir le vent de côté. Je dépasse quelques coureurs, je rejoins un autre groupe de trois, et avec deux kilomètres à parcourir, le vent est maintenant de dos. C'est le moment où je décide d'accélérer. Je termine la course de 16.2 km en 1 :04'04 avec une bonne avance sur le groupe de trois coureurs. Au classement chez les 40-44 ans, je suis maintenant deuxième, comblant mon retard de 28 secondes et détenant maintenant une avance de 42 secondes. Quant au classement toute catégorie vétérans, j'ai monté d'un rang (5e), mais mon retard sur le 3e rang est maintenant d'une minute. Une petite soirée dans un bar de la ville était organisée pour les coureurs à partir de 19 heures, mais j'ai quitté à 21h30 pour aller dormir. Comme tout s'est déroulé selon ma stratégie, la 3e et dernière course de 16 km est celle où l'on essaie de maintenir son avance. Il faut donc partir lentement afin de maintenir le rythme de courses que l'on s'est fixé, car avec deux courses de fond dans le corps en deux jours, il est probable que la fatigue se fait sentir. Une des règles de la course Kolme Päeva Jooks est que tous les coureurs ayant 18 minutes et moins de retard sur le premier au classement général aient un départ séparé. Je suis le dernier dans ce cas, ayant un retard de 17'59. Heureusement, deux autres coureurs sont tout juste avant moi, ce qui fait que je peux me concentrer sur quelqu'un à rattraper. Tous les autres coureurs prennent un départ groupé exactement 20 minutes après le départ du premier au classement général. J'avais peur d'avoir de la fatigue dans les jambes, mais ce ne fût pas vraiment le cas, sauf dans les derniers cinq kilomètres. J'ai pu rattraper trois coureurs partis avant moi, tous dans les derniers trois kilomètres. Le parcours était un peu plus facile. Une grande boucle de 16 km dans les environs de Kuresaare, dont 13.6 km en asphalte, un vent pas trop fort et quelques percées de soleil à l'occasion. Entre le 14e et le 15e kilomètre, je dépasse celui qui était 3e vétérans au classement 40 ans et plus. Il essaie de se maintenir, mais un dernier kilomètre en 3'45 suffira pour le maintenir à bonne distance. Il sera classé neuf secondes derrière moi. Mon temps officiel est de 1 :02'40 pour 16 km et un cumulatif de 2h44'44 pour les trois courses. Troisième vétérans et deuxième chez les 40-44 ans. Un meilleur résultat que j'espérais. Beaucoup de prix étaient décernés, mais comme au Québec, la cérémonie de remise des prix a commencé avec un peu de retard. Mais une fois commencée, elle s'est déroulé rondement. Chaque catégorie d'âge avait ses diplômes et ses récompenses individuelles. Il y avait de plus des prix pour ceux qui avaient formé des équipes de trois coureurs. J'ai pu remarquer qu'il y avait sur l'estrade, entre autres, des caisses de 24 bières de A. LeCoq, une brasserie estonienne. Ces caisses, m'a-t-on dit, sont données aux équipes gagnantes chez les hommes, sbière. Quoi qu'il en soit, je dois dire qu'il y avait une bonne atmosphère à cette compétition et que, peut-être, quelqu'un au Québec pourrait organiser un événement semblable au début du mois d'octobre. Je verrais bien l'organisation des Milpats s'occuper d'une telle compétition. Quant à moi, je suis reparti avec un stock de breuvage énergétique pour les trois prochain mois de même que deux kilos de fromage fait localement. http://www.hot.ee/tonureisid/vanusegrupp.html
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