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Histoire de course Premier marathon à Cape Cod Par Robert Davidson
Cape Cod maintenant. Je ne connais rien à ça mais tous les marathons devraient être comme celui-là. D'abord ça ne nuit pas, comme tu disais, d'avoir la mer tout autour de la pointe où on courait. Parlant de mer : tout à l'heure j'avais les pieds dedans (c'était froid mais c'était agréable) et je buvais de la bière. C'est le coucher du soleil sur la mer, je suis raquée, je suis dans mon motel, tarif hors-saison, et j'ai le goût de te parler, moi et mon portable. C'était hier la course. Je suis heureuse, mais je me sens down, comme si j'avais de l'énergie pour rien. Je vire dessour, j'aurais le goût d'être en amour, préférablement avec quelqu'un qui saurait comment masser les hanches d'une énergumène dorénavant marathonienne. J'ai les hanches déboîtées. J'aurais vraiment le goût d'être en amour. Je vire dessour. C'était un tout petit groupe de coureurs au départ, même pas 2000 personnes, surtout du monde de la Nouvelle-Angleterre mais aussi du monde d'ailleurs. Du monde cool, pas énervés pour cinq cennes. Sauf une fille qui venait de l'état du Missouri, elle s'appelait Nancy, et elle a fait son échauffement avec moi. J'attire du ben drôle de monde parfois! :-) C'est une trotte, du Missouri au Massachusetts, mais c'était la dernière occasion pour elle de se qualifier pour Boston. Elle avait cassé à Chicago, raté son objectif par quelques secondes. Elle disait rêver depuis toujours d'aller courir le marathon de Boston, et c'était à Cape Cod sa dernière tentative pour se qualifier. Boston c'est dans cinq mois et la saison de marathon est à toute fin utile terminée; c'est le last call. « I'm so scared, I'm so scared », qu'elle me disait, et je lui répondais qu'il me semblait que c'était normal d'avoir la chienne avant le départ d'un marathon. En tout cas, c'était correct parce que, autant je m'efforçais de la calmer, autant cela chassait la mienne ma nervosité. Le signal de départ a sonné d'un coup sec, j'étais tellement surprise que j'ai failli oublier ma montre chronomètre. Nancy est partie comme une balle, je la reverrai seulement au quarantième kilomètre. Rendue là elle était défaite, et je l'ai tirée, comme si je l'avais accrochée à ma bretelle, jusqu'à la ligne d'arrivée, en lui disant, « come on Nancy, run! follow me, follow me! ». Ensuite je l'ai amenée à la salle de massage. M'occuper de quelqu'un d'autre, ça m'a permis d'oublier comment j'avais mal partout. Aux hanches surtout. Le parcours était tellement beau! Il y avait même des coureurs qui avaient des petites caméras jetables et qui ralentissaient le pas parfois pour faire des photos. Je ne suis pas Zen comme ça moi, je ne me permettais même pas de ralentir ou de marcher lorsque je prenais de l'eau ou des quartiers d'oranges aux points de ravitaillement! Est-ce que je me trompe en disant que c'était une course, et dans une course on court? Je me concentrais sur la forme, et sur la foulée. Il faut arriver au trentième kilomètre pour savoir c'est quoi, un marathon. Toi tu le sais, mais c'était un no-woman's-land pour moi. Les grandes côtes aux alentours du 24ième kilomètre m'avaient assez convaincue que j'avais de l'ouvrage et que c'était pas fini, mais j'avais couru 30 kilomètres seulement une fois avant, et c'était en entraînement; il y a aussi que 30 kilomètres c'est un gros chiffre rond qui fait peur. C'est n'est plus un simple demi-marathon, il n'y a plus de revenez-y. Me voilà donc perdue dans des petits villages aux allures protestantes, avec des spectateurs qui faisaient de leur mieux pour nous encourager, surtout en nous mentant. « Looking good! », qu'on nous disait, et moi je savais que j'avais l'air du beau câlisse, looking good, my ass! Mais certaines personnes s'étaient installées devant leur coquet home et avaient sorti leurs boyaux d'arrosage; ils nous arrosaient au passage, si on leur faisait signe de la main que c'était correct, d'un jet tout doux, et même si demain c'est le mois de novembre (déjà!), l'eau fraîche était très appréciée. Douze, dix, huit kilomètres encore. Je savais, intimement, c'était maintenant certain, que j'allais terminer, faire le parcours au complet, même que je courais plus rapidement qu'en début de course (le fameux split négatif que tous les marathoniens cherchent à réaliser, le deuxième demi plus rapide que le premier, yes!). Mais la vie n'était plus la même. J'étais dans une zone que je ne connaissais pas. Il y avait tout autour de moi de plus en plus de coureurs qui avaient ralenti, certains étaient arrêtés, recroquevillés, et certains vomissaient, d'autres qui marchaient, certains en pleurant. Je me disais que si ce monde-là était devant moi (il fallait bien si j'ai dû les rattraper!) et s'ils étaient maintenant décrissés de même, c'est qu'ils avaient dû partir trop vite. Mais j'aurais été toute seule que j'aurais eu le même sentiment : cette course-là m'amenait là où je n'avais jamais été, et c'était beau. Et il y avait la mer : je la voyais tout à côté et, pour lui dire que je l'aimais, je fermais les yeux, je la cachais de ma vue, pour aimer sans voir, sans posséder, sans appartenir, et pour mieux la sentir (elle et moi on sentait le sel, mais moi je sentais le gros sel!). Au quarantième, comme je te disais, j'ai rejoint ma Nancy, avec sa petite camisole mauve et son bandeau assorti, comme si elle allait aux fraises dans une fermette genre « cueillez vous-mêmes » que les citadins aiment tant! Elle me faisait rire, même si elle avait l'air de souffrir car elle m'était si sympathique... Par
Robert Davidson
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