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Histoire de course Mon premier marathon L'expérience d'un premier marathon par Martine Haviernick Je ne me souviens plus très bien comment l'idée de faire un marathon est arrivée dans ma vie. Un défi entre amis, il me semble. Mais je me souviens m'être dit qu'à la moindre menace de blessure, j'arrêterais l'entraînement, histoire de me donner une bonne excuse d'abandonner. Ça a donc été un démarrage en douceur, un entraînement progressif et prudent et une idée un peu floue de ce que représentait l'épreuve d'un 42 kilomètres. Mes objectifs de départ étaient clairs : 1) finir le 42 km et 2) finir en courant (et non à quatre pattes) et dans un état physique acceptable. Surtout, pas fixer de temps. Mais au fil de l'entraînement et constatant ma progression, je me laissais tenter à faire des prédictions sur mon temps. On ne peut empêcher une fille de rêver ! Mais je restais conservatrice et je me concentrais sur l'entraînement fréquent de manière à amener mon corps à soutenir l'épreuve. Le marathon de Toronto étant mon premier, je ne savais pas à quoi m'attendre et j'avoue, ça faisait partie de l'excitation. Je me suis donc rendue au 20 octobre, fébrile, curieuse et assez confiante de rencontrer mes objectifs. Mais beaucoup de choses avaient changé dans ma tête depuis le jour où j'avais accepté de relever le défi. Celle-ci, entre autre : rien ni personne (et même pas une blessure, ce qui n'est pas très sage, j'en conviens) n'aurait pu m'empêcher de courir et de compléter 42,2 km le 20 octobre 2002. Ainsi, le jour de la course, nerveuse comme douze (eh ! C'est énervant de se mesurer à soi-même !) mais en pleine forme, je fais mes premiers pas de course officiels. Il fait 120C et un soleil radieux. Mon ami François et moi courons côte à côte depuis 10 kilomètres et le rythme nous convient parfaitement. On ne pousse pas trop la machine afin de ne pas hypothéquer la fin de la course. On arrive sans trop de peine à la moitié du parcours (on a fait cette distance souvent en entraînement), bien qu'elle soit agrémentée d'une belle montée de 1 kilomètre. Passé le cap du 25 km, je commence à sentir les muscles de mes cuisses se raidir tranquillement. C'est normal. Mais la longueur de la foulée n'a pas encore diminué et le rythme est constant. C'est même digne d'un métronome. Même si les paroles se font rares maintenant entre François et moi, nos jambes parlent le même langage. Arrive le 30e kilomètre, barrière psychologique importante. Je n'ai jamais couru au-delà de 31 km à l'entraînement. Que me réservent les 11 derniers ? Le mur ? L'enfer ? À ma grande surprise, on parvient à 35 km et on se trouve encore en bon état. D'ailleurs les supporters torontois trouvent que « We're looking good ! ». Ils sont gentils et nombreux les supporters et ça fait toute la différence, surtout entre le 35e et le 40e km. C'est là où je suis allée puiser mes énergies dans mon entêtement, mon orgueil et les multiples encouragements des dernières semaines de la part de mes amis et de ma famille. C'est surtout là que tout ce beau monde, généreux à souhait, a couru avec moi (dans ma tête!) les plus longs kilomètres de mon premier marathon. J'avais des fans qui m'attendaient à la maison, j'allais pas les décevoir quand même ! Au 39e km, on voit un participant allongé sur le trottoir avec l'équipe médicale qui s'affaire autour de lui. J'espère que son état n'est pas grave. Quelle déception d'être arrêté si près du but... Au loin, apparaît la marque du 40e km. Enfin, on peut se dire que c'est pratiquement fini et c'est à ce moment que je commence vraiment à « tripper fort ». Et si j'accélérais un peu ? Est-ce possible sans que rien ne déchire ? François, qu'est-ce que t'en penses ? Il en pense qu'on n'a pas le temps de répondre, on est déjà partis. 40 km, … 41 km, … 41 km 300 m, … 41 km 500 m, … Quoi ? Une côte pour finir ? C'est pas ce qui allait nous achever, au contraire, on se met à dépasser dangereusement 3, 5, 10, 20 personnes (d'ailleurs, je m'excuse auprès de la participante à qui j'ai donné un coup de coude bien involontaire. Je ne portais plus à terre, littéralement) et on finit par apercevoir le fil d'arrivée. Les dernières foulées sont jouissives, les cris des supporters, une vraie drogue. Et c'est main dans la main, les deux bras au ciel que François et moi passons le fil d'arrivée. Nos conjoints nous accueillent, souriants et fiers de nous, ainsi que Tom, notre autre comparse qui savoure déjà sa victoire depuis 15 minutes.
Je sais que les prochaines 48 heures vont être un peu pénibles (j'ai l'impression d'avoir les genoux de Robocop et d'avoir eu une greffe de cuisses en béton …) mais ces 48 heures-là, je les échangerais pour rien au monde. Ils font partie de l'expérience. Je sais aussi qu'on avait raison quand on me disait que le plaisir du défi, ça valait de l'or. Mais je réponds que le plaisir du défi relevé, c'est encore plus extraordinaire ! Martine Haviernick
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